Chatroulette, c’est un site de cam to cam créé par un teenager Moscovite proposant, totalement au hasard, de videochatter avec un autre utilisateur connecté quelque part dans le monde, et offrant la possibilité de passer au suivant selon son bon vouloir en cliquant simplement sur « Next » ou en pressant F9 sur son clavier.
Courte présentation pour ceux d’entre vous qui auraient fait exprès de passer à coté du buzz des jours derniers, de l’article de Vincent Glad sur Slate, du billet d’Abstrait≠Concret ou du témoignage d’un lecteur de Flu sur le sujet. Anthropologues dans l’âme, sociologues jusqu’au bout des ongles et journalistes de terrain depuis 1993, nous devions au monde notre contribution. Voici donc une modeste typologie des internautes que vous aurez la chance de croiser sur Chatroulette…
Le mec qui se branle : il eût été assez malhonnête de ne pas commencer par cette catégorie de loulous. Chatroulette, pour l’essentiel, se pratique bite à la main. Rien d’étonnant à ce que ce genre d’usages prédominent, c’est le pendant inévitable de toute expression personnelle filmée non filtrée. Et puis nous sommes sur Internet et qui dit Internet dit porn, CQFD d’emblée. Une fois admis que l’expérience utilisateur impliquera le défilé de kilomètres de verges, trois questions et un conseil : êtes-vous certain de vouloir admettre que votre expérience impliquera le défilé de kilomètres de verges ? Avez-vous remarqué l’extraordinaire variété de ces glands qui s’offrent à vous ? Quel plaisir à les filmer tout mous ? Gare au recours frénétique à la touche F9 pour les éviter, il pourrait vous faire rater au passage un interlocuteur potentiellement passionnant.
Le mec torse nu : cette catégorie rassemble tout type de physionomie, du Semoun au Mormeck, la prime au lol revenant aux guidos, qui trouvent sur Chatroulette un formidable terrain d’exhibition. En fait, le mec torse nu n’est qu’une version light du mec qui se branle. Il ne faudra pas négocier des heures pour obtenir de lui que, tout sourire, il secoue son membre. Je précise « tout sourire », car bon nombre de mecs qui se branlent ont la flemme de faire cet effort, qui semble pourtant se justifier en telle circonstance. Le mec torse nu sourit, lui, car il a réussi son coup. Sa demi-nudité, c’était un traquenard. Depuis trois plombes il tient son chibre hors-champ, prêt à dégainer à la moindre opportunité. Et des opportunités il en a eues, donc au moment où vous tombez sur lui, le mec est tendu, sur les nerfs, mais l’air de rien, car plein d’espoir il s’apprête à amadouer, encore et toujours. D’où la mine crispée du mec torse nu.

L’average geek : Chatroulette ne révolutionne pas le web. Comme tous les sites de chat avant lui, et comme tous ceux qui lui succèderont, y zonent un paquet de geekous. Ceux-ci se caractérisent par une relative banalité générale, dans le faciès, dans les vêtements et dans le décor, et surtout par un regard parfaitement blasé par la situation, déçus de voir un mec de plus apparaître sur leur écran, mais pas au point de déclencher un quelconque rictus non plus. Vous n’êtes pour eux que quelques secondes de retard avant les prochains boobies. Oui car le geek a ceci d’humain qu’il veut voir des seins. Ou très occasionnellement se laisser surprendre par un interlocuteur divertissant.
Le performer : non, Chatroulette n’est pas totalement dédié au pr0n, oui, certains y viennent avec l’objectif on ne peut plus altruiste de vous faire marrer. Alors il y a à boire et à manger dans cette catégorie, de celui qui met un masque super cheap à celui qui se déguise en Peanut Butter Jelly Time, leur créativité n’a pas de limites, leur talent est inégal. Notons quand-même que les chances de lol sont assez élevées, c’est du moins ce que je m’accorde à penser du ratio 1 funny guy / 50 bites.

Le peureux : en général, le peureux ne pèse rien sur le net. Il a tout juste un compte Facebook, 16 photos et 54 amis, connait quelqu’un qui a Twitter sans vraiment savoir ce que c’est, a accepté qu’un pote lui configure un chouette Netvibes mais ne l’a jamais réouvert. De temps en temps, il télécharge un screener FR. Voyant Internet comme une jungle (utile pour les exposés ceci dit), il n’a pas l’âme d’un explorateur et préfère attendre que quinze personnes lui disent quoi faire avant de tester. Chatroulette avec le son et l’image, c’est une infinité de choses à craindre. Du coup, face au buzz nouveau, les peureux se regroupent : colocation, dortoir, école, toutes les occasions sont bonnes pour se serrer dans le cadre restreint (pour des images souvent génialement composées), comptant sur la force morale des copains rassemblés pour se protéger des drames qui pourraient survenir. Pris par la folie de la roulette, l’euphorie gagne souvent le groupe et rapidement, l’hilarité générale donne au peureu le courage nécessaire pour retenter l’expérience en solo. Si l’éclate est vraiment totale, on le recroisera sûrement torse nu.
La fille : Qu’on se le dise, les filles sont les reines de Chatroulette. Il doit y avoir une fille pour dix mecs qui se branlent et ce qui est rare est cher. Par conséquent, la gent féminine dispose d’un pouvoir de « Next » quasi absolu. Mais l’absolutisme corrompt, et tôt ou tard la fille abusera de son pouvoir. F9 à gogo, elle ne vous laissera aucune chance, entamera des débuts de conversation sans trop y croire, et vous abandonnera au beau milieu d’une tirade dont vous estimiez pourtant qu’elle pouvait être légitimement qualifiée de « grave sympa ». Mais vous êtes le 137ème mec grave sympa qui passe, il en fallait plus pour la captiver. Vous l’aurez compris, la fille fera du plus faible un performer, du plus agressif un mec qui se branle. Comme dans la vie réelle, le pouvoir des filles à des conséquences, et il y a de fortes chances que sur Chatroulette ce soit pathétique.

Les dormitory teens : sous-catégorie de filles, les dormitory tenns sont le Graal de Chatroulette. Bon nombre se sont cassé l’égo en esquissant un « Hi! » immédiatement sanctionné. Humiliation bonus, elles ne manqueront pas de glousser en vous dégageant, mais déception à relativiser : vous sentirez tout de suite le « Next » arriver à la vue de ces mini bimbos. Il est à noter que la légalité de votre demi-molle sera à ce moment précis fort discutable. Vous pourrez alors blâmer le système, et faire semblant de guetter les performers pendant l’heure qui suit.
Les improbables : Certains ne semblent tout simplement pas à leur place sur Chatroulette. Cette mère et sa fille de trois ans assise sur ses genoux était-elle consciente des dégâts que pourrait causer la vue de tous ces abominables personnages à si jeune et innocent âge ?! La gamine qui montrait ses seins à coté de sa petite sœur de 12 ans qui dansait dans le salon réalisait-t-elle que leur show ne correspondait en rien à une après-midi baby-sitting telle que l’entendent leurs parents ?! Ce sont probablement ces interrogations qui vous laisseront perplexe, le reste de l’expérience ne vous apprenant rien de nouveau ni sur l’espèce humaine ni sur Internet.

Nous aurions pu lister une foultitude d’autres sous-genres, parler des émos ou des animaux, de ceux qui mettent un flux vidéo super hardcore à la place de leur cam ou de ceux qui pratiquent un curieux exhibitionnisme chaste au bureau, mais il fallait aller a l’essentiel. Le reste, vous le découvrirez vous-mêmes, sur Chatroulette avec langueur et stupeur, ou en screenshots sur les quelques sites collectant le tout venant, donc le meilleur.