En décembre dernier, Yannick et moi étions invités à interviewer Peter Jackson pour la sortie de The Lovely Bones, en salles aujourd’hui. Trop heureux de rencontrer le réalisateur néozélandais, bien que je ressente aujourd’hui une certaine flemme à me retaper la trilogie du Seigneur des Anneaux, nous nous rendîmes en projection presse la fleur au fusil.
Après un long moment à prendre des notes illisibles dans le noir et à chercher dans ce thriller les signes d’un chef d’œuvre, alors que les lumières se rallumaient, je fus refroidi par les commentaires des journalistes blasés : « C’est encore plus mauvais qu’Au delà des rêves« , « Quelle merde », et autres réactions enchantées.
Plus bas, notre critique et des détails croustillants sur l’interview, malicieusement illustrée d’images du film…
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Avant de nous ranger à l’avis de ces cinéphages aguerris, et soucieux de porter un jugement solide sur l’affaire, nous décidâmes de regarder Créatures célestes, que Peter Jackson sortit en 1994, et qui traite également d’adolescence, d’imaginaire, de mort un peu rude… Le film est excellent, et réussit avec un indéniable panache là où ces Lovely Bones faillissent. L’univers fantasmé de Kate Winslet était représenté de façon simple et magique, avec des effets spéciaux aussi cheap que bluffants ; l’entre-deux mondes est ici très kitsch, avec l’alibi « âme d’une teen des seventies » qui justifie le look de l’ensemble, mais sans charme, et regorgeant d’effets visuels très chers mais à moitié ratés. Les rapports des deux héroïnes avec leurs familles et entre elles étaient dépeints avec sobriété, laissant au spectateur le loisir d’imaginer leur complexité ; les sentiments sont ici assez niaiseux, et pas très bien joués. Ils sentent le best-seller (le film est tiré du roman La nostalgie d’un ange d’Alice Sebold), le drama grand public.
The Lovely Bones n’est cependant pas complètement raté. Les scènes relevant du pur thriller sont plutôt chouettes, et l’on y retrouve plus qu’ailleurs la patte de Jackson. Stanley Tucci y est absolument impeccable, dans le rôle du tueur salement dérangé. D’autres passages sont assez sympathiques, comme l’arrivée de la grand-mère jouée par Susan Sarandon, sur un registre comique qui casse agréablement le rythme de film mais que le scénario oublie bien trop vite. Il en va de même pour plusieurs pistes lancées au fil de l’histoire, et ne menant nulle part.
Concluons par la fin (chronologiquement ça se tient), que je ne dévoilerai pas (aucun twist transcendant en perspective non plus hein), qui m’a laissé assez perplexe : considérer que toutes les victimes d’un serial killer se retrouvent au paradis pour gambader main dans la main est une idée idiote en soit, et qui ne correspond pas à la vision de l’au-delà qui nous était présentée jusqu’alors. La défunte doit-elle s’assurer, avant de partir, qu’elle peut quitter les êtres aimés l’âme tranquille ? Ou bien doit-elle accepter son état de victime ? C’est sur cette vaine intterogation que nous laissera mollement Peter Jackson.
Mais peu importe, il en fallait plus pour écorcher notre excitation de groupies. C’est donc avec le sourire que nous passâmes, quelques jours plus tard, la porte du Georges V. Faisant preuve d’un sens de l’identité nationale aigu, le réceptionniste demanda au plus antillais de nous deux ce qu’il foutait là. Nous montâmes, nous étions là pour ça. L’organisation du press junket était assez similaire à celle que j’avais observée pour Nicolas Cage, mais les journalistes semblaient cette fois plus agacés par le système, se racontant leurs pires expériences : « Moi j’ai eu 1mn30 avec Bruce Willis », « Moi je n’attendrai pas toute seule comme une conne dans le couloir pour vous faire gagner 4 secondes », « Moi j’ai dû montrer une photo d’Audrey Pulvar à ce raciste misogyne de Spike Lee avant un duplex pour lui prouver qu’elle était bien noire »…
Tout cela nous faisait doucement rire, jusqu’à ce que l’on nous annonce que nous n’aurions que 3mn, et pas 7 comme les autres, pour interviewer la jeune actrice Saoirse Ronan. Bon, c’est trop court évidemment, mais elle est super pro et puis c’est Jackson qu’on attend. Une heure plus tard, notre tour arrive, pas d’annonce d’interview raccourcie, « hello Peter ».
Très cool, enthousiaste, bavard. On a peaufiné nos questions, ça va être béton. Et là, au bout de deux minutes, l’abominable compteur affiche le décompte des 59 secondes restantes. Nous repartons sur notre faim, déçus de n’avoir pu prendre le thé avec le réalisateur, et constatant que le web reste un truc mal considéré par les industries de l’entertainment. Allez savoir pourquoi.
Ce fut bref mais agréable, un peu au contraire du film, je vous invite donc à découvrir Créatures célestes si ce n’est déjà fait.