Le 16 mars dernier, des Tea Partiers de tout le pays ont convergé vers le Capitol pour une ultime manifestation contre la réforme du système de santé américain. Au même moment, le cirque Barnum & Bailey paradait en ville…

Au micro, ces remontés conservateurs manquent d’arguments, et leur ignorance crasse les dessert parfois. Mais le Tea Party Movement, aussi radicalement imbécile soit-il, n’est pas qu’une bande d’énergumènes risibles (ils se surnomment « teabaggers », en référence aux sachets de thé agités en l’air pour rappeler à la mémoire du pouvoir la Boston Tea Party, mais le terme désigne aussi en argot le contact bucco-scrotumal).
Selon un récent sondage de CNN, 35% des Américains soutiennent modérément ou fortement le Tea Party (et seuls 19% s’y sentent opposés), 16% voteraient pour un représentant du Tea Party, et 5% se disent prêts à participer au mouvement. Notons que parmi les sondés ayant déjà participé à une de leurs manifestations, le taux de diplômés est plus élevé que chez la moyenne des Américains.
Le Tea Party a pris corps avec une série de manifestions anti-taxes, dans lesquelles se retrouvent un certain nombre de libertaires convaincus, et puis un ramassis d’énervés assez variés, dont pas mal de Républicains révulsés par Obama et déçus du manque de hargne et de moralité du GOP. Mais en réalité, le mouvement n’a rien de grassroots : il bénéficie des capacités de financement et d’organisation de l’ONG Freedomworks de Dick Armey, porte un agenda à peu près identique à celui d’Americans For Prosperity, fondée par le milliardaire David Koch. Il s’agirait donc de pur « astroturfing » : une campagne de communication planifiée par une organisation mais conçue pour que ses origines restent masquées afin de donner l’impression d’une initiative populaire spontanée (en référence à AstroTurf, marque de tapis synthétiques ressemblant à de l’herbe). Phénomène sur lequel se greffe en revanche une vraie part de l’opinion.
Le 4 février dernier, leur première convention nationale réunissait quelques centaines de militants à Nashville. Sarah Palin y intervenait (pour la modique somme de 100.000$), assurant à l’évènement une importante couverture médiatique.
Sur ce terrain, le mouvement bénéficie du soutien de Fox News, tantôt à demi-mot, tantôt de manière indécemment assumée.
Ainsi le fou furieux Glenn Beck, animateur radio et éditorialiste sur la chaîne de Rupert Murdoch. Psychopathe notoire, showman hystérique (magnifiquement imité par Jon Stewart), l’homme a lancé le 912 Project : surréaliste plan de sauvetage de la nation américaine sur 100 ans. Découvrez ses 9 principes et 12 valeurs dans la suite (« 9/12, souvenez-vous du lendemain du 11 septembre »…).

Samedi prochain, des milliers de manifestants sont attendus à Searchlight, Nevada, ville du leader de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid. Cet « anti-Washington rally » sera mené par Sarah Palin et de nombreux ténors du GOP seront présents. Non sans une certaine anxiété cependant : ces derniers jours, les menaces verbales et physiques de teabaggers à l’encontre de représentants démocrates inquiètent, et si la manifestation dégénère, il sera compliqué pour le parti de s’associer officiellement au mouvement. Mais 74% des Tea Partiers se disent Républicains, et le dilemme est grand. Faute de pouvoir embrasser la cause, certains prônent un timide « side hug » qui permettrait d’ignorer la frange radicale. La solution est bancale, et au sein du Tea Party ne plait guère. Une scission idéologique est ainsi en train d’apparaître, au Nevada notamment, où le businessman Jon Scott Ashjian a annoncé qu’il briguerait quoi qu’il arrive à l’automne, avec l’étiquette du Tea Party, le poste de Sénateur d’Harry Reid.
Rendez-vous ce week-end sur Fox News !
Lire la suite