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    • La photo du mardi #35 : Sasaki Atsushi (interview)

      Guilhem 09.03.10 10:30 interview, photo

      Son site est composé de deux séries d’une centaine d’images, City et Copy, souvent en noir et blanc, qui montrent des moments de vies, inspirées de Gary Winogrand, mais aussi de photographes japonais qui cultivent cette tradition de noir et blanc contrastés comme Daido Moriyama ou Kitajima Keizo.
      Petit entretien avec Sasaki Atsushi.

      Peux-tu te présenter ?
      Je suis Sasaki Astushi, photographe né en 1974. J’ai travaillé comme assistant de photographes pro, avant de devenir freelance en 2003.

      Comment décrirais-tu ta photographie ?
      Les choses qui disparaissent en un instant restent plus longtemps dans notre mémoire. Donc j’aime garder ses instants dans ma photographie.

      Pourquoi shootes-tu principalement en noir et blanc ?
      J’aime les photographies noir et blanc depuis le début, mais je ne fais pas que du noir et blanc. En ce moment je travaille sur un projet qui devrait sortir en cours d’année où j’utilise des caméras numériques donc couleur.

      Avec quels appareils travailles-tu ?
      J’utilise des appareils argentiques ou numériques. J’ai un Contax Aria, un Ricoh GR, un Genba Kantoku et une Kyocera Samurai.

      Sur ton site, on voit seulement deux très grosses séries de photos d’environ une centaine d’images chacune, peux-tu expliquer pourquoi cette organisation ?
      En fait Copy et City sont deux livres que j’ai sortis en tirages limités. Ce sont les séries qui étaient dans les livres que j’ai exposées sur mon site.
      Copy est une série de moments que j’ai photographié pour ce qu’ils étaient.
      Je vais ajouter une autre série dans la catégorie City où je me suis focalisé sur des moments comme dans Copy, mais en particulier sur des gens, des chansons ou des sons. Cette série devrait sortir en automne.

      Le site de Sasaki Atsushi.

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      The Lovely Bones : notre interview écourtée de Peter Jackson

      Jordan 10.02.10 18:04 cinéma, critique, interview, trailer

      En décembre dernier, Yannick et moi étions invités à interviewer Peter Jackson pour la sortie de The Lovely Bones, en salles aujourd’hui. Trop heureux de rencontrer le réalisateur néozélandais, bien que je ressente aujourd’hui une certaine flemme à me retaper la trilogie du Seigneur des Anneaux, nous nous rendîmes en projection presse la fleur au fusil.
      Après un long moment à prendre des notes illisibles dans le noir et à chercher dans ce thriller les signes d’un chef d’œuvre, alors que les lumières se rallumaient, je fus refroidi par les commentaires des journalistes blasés : « C’est encore plus mauvais qu’Au delà des rêves« , « Quelle merde », et autres réactions enchantées.
      Plus bas, notre critique et des détails croustillants sur l’interview, malicieusement illustrée d’images du film…
      http://www.dailymotion.com/videoxbud7o
      Avant de nous ranger à l’avis de ces cinéphages aguerris, et soucieux de porter un jugement solide sur l’affaire, nous décidâmes de regarder Créatures célestes, que Peter Jackson sortit en 1994, et qui traite également d’adolescence, d’imaginaire, de mort un peu rude… Le film est excellent, et réussit avec un indéniable panache là où ces Lovely Bones faillissent. L’univers fantasmé de Kate Winslet était représenté de façon simple et magique, avec des effets spéciaux aussi cheap que bluffants ; l’entre-deux mondes est ici très kitsch, avec l’alibi « âme d’une teen des seventies » qui justifie le look de l’ensemble, mais sans charme, et regorgeant d’effets visuels très chers mais à moitié ratés. Les rapports des deux héroïnes avec leurs familles et entre elles étaient dépeints avec sobriété, laissant au spectateur le loisir d’imaginer leur complexité ; les sentiments sont ici assez niaiseux, et pas très bien joués. Ils sentent le best-seller (le film est tiré du roman La nostalgie d’un ange d’Alice Sebold), le drama grand public.
      The Lovely Bones n’est cependant pas complètement raté. Les scènes relevant du pur thriller sont plutôt chouettes, et l’on y retrouve plus qu’ailleurs la patte de Jackson. Stanley Tucci y est absolument impeccable, dans le rôle du tueur salement dérangé. D’autres passages sont assez sympathiques, comme l’arrivée de la grand-mère jouée par Susan Sarandon, sur un registre comique qui casse agréablement le rythme de film mais que le scénario oublie bien trop vite. Il en va de même pour plusieurs pistes lancées au fil de l’histoire, et ne menant nulle part.
      Concluons par la fin (chronologiquement ça se tient), que je ne dévoilerai pas (aucun twist transcendant en perspective non plus hein), qui m’a laissé assez perplexe : considérer que toutes les victimes d’un serial killer se retrouvent au paradis pour gambader main dans la main est une idée idiote en soit, et qui ne correspond pas à la vision de l’au-delà qui nous était présentée jusqu’alors. La défunte doit-elle s’assurer, avant de partir, qu’elle peut quitter les êtres aimés l’âme tranquille ? Ou bien doit-elle accepter son état de victime ? C’est sur cette vaine intterogation que nous laissera mollement Peter Jackson.

      Mais peu importe, il en fallait plus pour écorcher notre excitation de groupies. C’est donc avec le sourire que nous passâmes, quelques jours plus tard, la porte du Georges V. Faisant preuve d’un sens de l’identité nationale aigu, le réceptionniste demanda au plus antillais de nous deux ce qu’il foutait là. Nous montâmes, nous étions là pour ça. L’organisation du press junket était assez similaire à celle que j’avais observée pour Nicolas Cage, mais les journalistes semblaient cette fois plus agacés par le système, se racontant leurs pires expériences : « Moi j’ai eu 1mn30 avec Bruce Willis », « Moi je n’attendrai pas toute seule comme une conne dans le couloir pour vous faire gagner 4 secondes », « Moi j’ai dû montrer une photo d’Audrey Pulvar à ce raciste misogyne de Spike Lee avant un duplex pour lui prouver qu’elle était bien noire »…
      Tout cela nous faisait doucement rire, jusqu’à ce que l’on nous annonce que nous n’aurions que 3mn, et pas 7 comme les autres, pour interviewer la jeune actrice Saoirse Ronan. Bon, c’est trop court évidemment, mais elle est super pro et puis c’est Jackson qu’on attend. Une heure plus tard, notre tour arrive, pas d’annonce d’interview raccourcie, « hello Peter ».
      Très cool, enthousiaste, bavard. On a peaufiné nos questions, ça va être béton. Et là, au bout de deux minutes, l’abominable compteur affiche le décompte des 59 secondes restantes. Nous repartons sur notre faim, déçus de n’avoir pu prendre le thé avec le réalisateur, et constatant que le web reste un truc mal considéré par les industries de l’entertainment. Allez savoir pourquoi.
      Ce fut bref mais agréable, un peu au contraire du film, je vous invite donc à découvrir Créatures célestes si ce n’est déjà fait.

      • 34361 commentairehttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F3436-the-lovely-bones-notre-interview-ecourtee-de-peter-jacksonThe+Lovely+Bones+%3A+notre+interview+%C3%A9court%C3%A9e+de+Peter+Jackson2010-02-10+18%3A04%3A45Jordanhttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F%3Fp%3D3436

      La photo du mardi #31 : Olivier Roller (interview)

      Guilhem 02.02.10 19:42 interview, photo

      On avait déjà parlé d’Olvier Roller à l’époque où la photo du mardi était encore adolescente. Depuis, la rubrique a grandi. J’ai eu la chance il y a peu de rencontrer Olivier et de m’entretenir longuement avec lui pour parler de sa photographie, de son parcours et de ce qu’il pense un peu de tout ce qui nous entoure.

      Est-ce que tu peux te présenter ?
      Je m’appelle Olivier Roller, j’ai 38 ans. Je ne fais que du portrait de près, sans contexte et de mec concentré. Et quand je dis « mec » c’est pas tout à fait faux, dans le sens où j’aime photographier les hommes, les femmes pas trop. Peut-être que je n’ose pas encore leur faire ce que je fais avec les hommes, comme un reste de civilité.

      Olivier Roller

      Comment es-tu arrivé à la photographie ?
      J’ai pas fait d’école de photo mais des études de droit et de sciences politiques, sans vraiment savoir ce que je voulais faire après. Je me souviens d’un jour de décembre sur le campus à Strasbourg, une sorte de truc désert et stalinien, j’attendais un TD dans le froid, tard le soir et je me suis dit : « peut-être que je ne vais pas finir ma vie là-dedans ». A ce moment là j’étais très amoureux d’une fille dont le père lui avait offert un Nikon FE2. Je trouvais la photo sans intérêt mais j’étais très intéresse par l’outil. Mes premières photos, outre de photographier ses seins, c’était de photographier ses chats. C’est devenu un hobby puis une passion. Puis je voyais mes copains qui passaient des concours administratifs et je pensais que tout ça ne me correspondait pas, et je me suis dit : « tiens, si la photographie j’en faisais mon métier ».

      Je pense qu’une école de photographie te pousse à tester un peu tous les genres et chercher ta photographie. En tant qu’autodidacte, qu’est-ce qui t’a poussé vers le portrait ? Est-ce que tu as aussi tâtonné en passant par du reportage, du paysage..?
      Oui au début j’ai tout fait, mais il y avait toujours des gens dans mes photos. Et petit à petit je me suis rapproché des gens et je me suis dit que c’était bien si la photo ne se faisait pas par chance, mais par décision du photographe et donc naturellement je me suis dirigé vers le portrait. Par hasard, le premier portrait que j’ai fait c’était une photo de mon grand-père que je trouvais formidable, et que je trouve toujours formidable, et que je ne voyais nulle part par ailleurs. Je me disais qu’en plus de m’intéresser moi, c’est une vision du monde que je ne voyais pas et qui intéressait des gens.

      Tu a entamé un travail assez conséquent sur le pouvoir. Est-ce qu’on peut y voir un lien avec le fait que tu aies étudié le droit et les sciences politiques ?
      Tout à fait. Mais je pense aussi que le lien vient de plus loin. Je n’ai pas connu mon père. Ce n’est pas un traumatisme, je pense que ce que tu as connu puis perdu peut être un traumatisme, mais si c’est quelque chose que tu n’as jamais eu ça ne te manque pas même si ce n’est pas normal. Et du coup je pense que si j’aime photographier les hommes qui ont à peu près le même âge qu’il pourrait avoir et si j’aime la relation de pouvoir avec eux c’est peut-être aussi un espèce de truc enfantin de quête du père, de recherche des limites. Et peut-être aussi une quête de sa place dans la société d’aujourd’hui qui reste une société très patriarcale. Sans jugement de valeur, ce n’est ni bien ni pas bien, mais c’est le cas. Je repense à ce que tu disais tout à l’heure, tu parlais de genre photographique. Moi je fais du portrait mais je m’intéresse à la peau du modèle, à son aspect extérieur et du coup est-ce qu’on ne pourrait pas dire que c’est un paysage. Les genres et les valeurs ça reste des mots qu’on a mis sur des choses, et une photographie ça reste une chose, une chose qui peut être incarnée. Et ça c’est génial.

      Tu dis que tu préfères photographier les hommes plutôt que les femmes. Est-ce que tu penses que c’est parce que tes portraits ont un côté assez intrusif et qu’ils ont tendance à aller un peu trop dans l’intime ?
      Tout à fait. Je disais tout à l’heure que je photographiais l’enveloppe. J’aime bien la littéralité de la photographie. A l’inverse de ce que l’on peut dire sur le fait que la photographie serait le miroir de l’âme, qu’il révèle le modèle. J’aime bien croire que la photographie ne peut que très peu de choses. Et que c’est une sorte d’enfant handicapé qu’il faut bercer pour qu’il te fasse un sourire, que c’est très animal. On est dans une société assez normée, quand un type a une sale gueule on dit qu’il a du caractère et quand une femme est ridée on dit qu’elle est vieille et moche. Et même moi qui prends des libertés par rapport à ces normes j’achoppe sur les femmes. C’est donc que la société a pris le pas sur mon individu.
      La photo de Jeanne Moreau, d’une certaine manière, elle n’est pas si dure que ca. Elle l’est peut-être sur le maquillage, sur la position de la bouche, mais elle est un peu surexposée, je sens bien que je me laisse faire. Mais j’aimerais progresser à ce niveau et en avoir rien à fiche.

      Comment as-tu acquis cette liberté dont tu parles vis-à-vis des normes des magazines de mode ou de beauté ?
      Je ne me suis jamais demandé ce qu’il fallait faire, mais je me suis toujours demandé ce que j’avais envie de faire, moi. Ma préoccupation ça a toujours été de faire des photos qui étaient proches de moi et ensuite de me demander à qui je pourrais bien les vendre. Qui ça peut interesser ? Je pense que tout peut intéresser tout le monde. Ce matin je parlais avec mon agent et on discutait d’un mec qui s’appelle David Nebreda. Un mec fou qui se scarifie, qui est anorexique et qui se prend en photo. Ça ne m’intéresse pas plus que ça mais ça montre que des limites il y en a plein, et elles sont très loin de ce qu’on fait. J’ai de la marge. Et du coup la liberté de faire ce que je veux moi, en trouvant quelqu’un qui est apte à recevoir mon travail. Ce mec vend ses photos et gagne sa vie avec, sauf qu’au lieu de les vendre à Elle ou Libé, il les vend à des collectionneurs. C’est formidable l’image, c’est très matériel, tout est possible, mais en même temps tu peux la dématérialiser complètement, sur Internet par exemple. C’est nous qui allons choisir la capacité de diffusion de notre travail, et en fonction de ça on va l’inscrire dans un cadre qui va lui donner du sens. Aujourd’hui je travaille pour la presse, et encore je travaille de plus en plus pour moi. Plus ça va plus tu prends des libertés et t’as l’envie d’aller plus loin. J’aimerais bien finir en ne faisant que des autoportraits, pourquoi pas ? Tout est possible, il ne faut pas avoir peur de faire ce en quoi l’on croit. J’aime voir le photographe dans son travail, quand tu vois la personne dans son travail tu peux l’aimer ou ne pas l’aimer mais tu dois la respecter. A un moment donné on peut accepter des choses de gens parce qu’ils ont conscience de ce qu’ils font, de toute l’horreur qu’ils peuvent contenir dans leurs propos.

      J’ai l’impression que la photographie qui marche en ce moment a tendance à privilégier des sujets plutôt désenchantés. On est souvent dans des portraits tristes, touchants. Penses-tu que ce soit symptomatique de notre époque ?
      Déjà dans le portrait c’est très rare que les gens sourient. Dans les premières photographies les gens ne souriaient pas parce que les temps de pose étaient trop longs, mais au-delà de ça ce qu’on a toujours cherché dans la représentation, c’est son intemporalité, et du coup tu ne te représentes pas en te marrant. Le sourire est une notion plus contemporaine et dictée par une destination de l’image. J’entends par là que tout image publicitaire ou familiale est régie par le sourire, et peut-être que l’image artistique essaye de résister à ca. Quand je vois quelqu’un sourire sur une photographie, moi, lecteur de l’image, j’ai l’impression de voir la relation entre photographe et photographié. Quand elle est concentrée, j’ai l’impression qu’elle me regarde et donc qu’il y a un lien avec moi, que je suis plus qu’une tierce personne. Et puis au quotidien on est normaux, donc ne pas sourire c’est être normal.

      Au-delà de ça je pense qu’on est dans quelque chose de plus profond que juste la concentration, je pense que ça touche a la mélancolie ou au désenchantement…
      Là encore c’est une époque très déshumanisée et je trouve que le rôle de l’artiste c’est de montrer ça, c’est d’être un politique, et c’est ce que beaucoup oublient complètement.

      Tu es dans un style assez marqué, tu n’a pas peur qu’un jour les gens se lassent, ou que même toi tu te lasses de tes images ?
      Je pense qu’on évolue normalement, quelqu’un de raisonnablement intelligent doute. De façon générale, dans la société dans laquelle on vit, je pense qu’il est très facile de papillonner, on change de portable tous les ans, on peut changer de partenaire très souvent, et je trouve qu’à un moment il est intéressant de creuser toujours le même trou pour voir si il y a du pétrole. Continuer de faire ça, c’est aussi chercher à aller contre l’espèce de société dans laquelle on vit. J’ai l’impression quand je vois mes photos d’il y a six mois ou un an que j’ai progressé. Ce qu’il reste de quelqu’un c’est dix photos, vingt photos. Si tu papillonnes, dans le meilleur des cas tu auras été bon dans plein de domaines, mais des mecs très bons dans leur domaine il y en a des tonnes. Par ailleurs, je ne dis pas que je vais faire ça toute ma vie, à moment donné tu sens que tu as fait ton temps. Peut-être un jour quand mon père sera mort, je verrai si c’est la raison qui m’a poussé à faire des photos, et n’ayant plus rien a prouver à ce père virtuel, je n’aurai plus de raison de faire des images. Ce n’est pas non plus grave de ne plus faire quelque chose. Il y a plein de choses passionnantes dans la vie, la photographie ça me fait vivre, sur tous les plans, mais je pourrais très bien faire autre chose.

      Est-ce que tu te disais ça il y a dix ans ?
      Pas du tout. A chaque moment tu comprends des choses nouvelles et tu t’affirmes, tout en ayant la possibilité de revenir en arrière. Au début je faisais des photos parce que je trouvais ça chouette, je sentais bien qu’il y avait un truc caché mais je ne savais pas quoi et j’avais peur de savoir. Après j’ai commencé à y réfléchir et j’ai trouvé des explications plus ou moins valables. Là je pense être sur deux-trois raisons qui visiblement semblent se confirmer. Ça reste un sentiment, mais c’est toujours intéressant de penser. C’est ce qui fait qu’on est des hommes.

      C’était important pour toi de trouver les raisons ?
      Ce n »est pas important de trouver en fait, ce qui est important c’est le chemin. Que tu réussisses à faire des choses formidables à la limite on s’en fout, ce qui est important c’est d’essayer et je trouve que le parcours de quelqu’un c’est super beau. Les moments où il s’est égaré, où il était à côté de la plaque, les moments où il est arrivé à quelque chose, ils sont tous aussi intéressants les uns que les autres. Là encore on tend à ne garder que les choses réussites, on essaie de faire des hommes parfaits.

      Qu’est-ce que tu penses des changements que la photo est en train de subir ?
      Ça me fait réfléchir et ça me rend joyeux. Je trouve ça hyper bien de changer, et je crois qu’être photographe c’est être un produit jetable. On travail parce qu’on suscite chez d’autres le désir de nous faire travailler, et le désir est une notion qui n’est pas du tout palpable. Comme je disais tout à l’heure, il faut faire des photos qui nous ressemblent et on trouvera des gens pour les apprécier. Là c’est pareil, la photo est tellement bouleversée qu’on ne sait pas trop de quoi demain sera fait. Un certain nombre de modes de diffusion de l’image sont déjà morts, les agences. Moi, la mort des agences, ça fait que je gagne beaucoup mieux ma vie. Tout n’est pas dramatique, on peut trouver des intérêts dans tout ça. Peut-être que demain on dira que la photographie c’est un mélange de sons, d’images qui bougent, je sais pas. De toute façon nous on va s’adapter, on va évoluer. Quand la photographie est arrivée a la fin du 19ème siècle, la peinture ne s’est pas arrêtée. Mais je pense que justement la photographie a tout à fait sa place dans le sens où l’on passe notre vie à zapper, à surfer, que le fait de s’arrêter devant une image, qui est un truc pauvre, fin, qui ne bouge pas, c’est formidable. Ça fait réfléchir, ça évade, ça repose. Je commence à vendre des tirages de collection, mais c’est très peu de collectionneurs, c’est souvent des gens qui pour une certaine raison à un moment ont décidé d’acheter une photo. Personne ne sait de quoi l’avenir sera fait. La photographie est tellement variée et est faite de gens tellement différents que ce n’est pas plus mal qu’il y ait une scission à un moment. Faire des photos de mode pour les vendre à un magazine ou faire des photos de mode pour les vendre à un collectionneur, qu’est-ce que ça change ? Certes, la douleur de faire un tirage c’est beaucoup plus fort et pérenne que d’envoyer un fichier, mais je pense qu’il est important de faire les deux. Pour répondre autrement à ta question, je vais énormément sur Internet, mais à un moment j’ai quand même besoin de matérialité, de tenir un magazine entre mes mains.

      Bernard Kouchner par Olivier Roller
      http://www.dailymotion.com/videox259kp

      Tu publies en ligne des sortes de making-of de tes séances. C’est une démarche assez rare, d’où t’est venue l’idée ?
      J’ai animé un stage à Arles et je me suis dit : « c’est bien de parler de son travail ». Et je trouvais ça bien de montrer le photographe dans son travail. Sur plusieurs séances, avec un copain assistant, on a filmé. J’étais un peu horrifié au début de me voir parce que j’avais vraiment l’impression d’être silencieux pendant les séances. Et puis ça m’a bien plus dans ce que ça pouvait dire de moi-même, et les gens ont apprécié.

      Tu le referais ?
      Oui oui, en ce moment il y a une fille qui me suit parfois et j’ai rencontré un documentariste qui voudrait faire un truc sur moi.

      Tes inspirations ?
      Ma première inspiration c’était Henri Cartier-Bresson, même si ce que je fais n’a rien à voir avec lui. Moi qui fais une photo protestante, rigoureuse et dépouillée, c’est un peu ce que lui faisait tout en étant bourgeois catholique. Je ne pratique pas l’instant décisif, mais tout le reste de ce qu’il a dit sur le cadre et la géométrie des images est hyper important et intéressant. C’est pas comme ça une photo, c’est pas juste un acte impulsif, c’est un acte qui a été réfléchi par la vie que tu as eue jusque là. Dans le portrait il y a eu Avedon et Penn qui sont pour moi deux photographes qui font sensiblement la même chose. Il y en a un qui est plus romantique que l’autre, Penn, mais qui est aussi hyper beau. C’est plus subtil son travail, il faut peut-être un peu plus de féminité pour l’apprécier.

      Et dans les photographes actuels ?
      Marc Trivier qui est un photographe que j’aime vraiment. Sophie Ristelhueber aussi. Sinon il y a toute une génération de photographes américains qui sont totalement inconnus. La photographie américaine est connue sous l’angle du documentaire, quand les photographes s’approprient leurs paysages et pendant cette époque-là des photographes comme Harry Callahan, Emmet Gowin ou Jock Sturges, qui font du portrait, sont parfaitement sous-évalués. Après il y a plein de gens que j’aime bien, je suis assez bon public en matière de photographie.

      Et dans d’autres domaines que la photo ?
      Quand j’ai vu mon premier film d’Antonioni j’étais photographe amateur, j’essayais vaguement de devenir professionnel, et à ce moment j’ai eu la conviction que c’était de la photo qu’il fallait que je fasse. C’était l’Aventura. Récemment j’ai découvert Robert Bresson qui est encore un mec qui filme comme un photographe pourrait filmer. C’est très lent, hors du temps cinématographique. Et du coup c’est intéressant, c’est exactement comme ça que je considère l’image fixe. Mais les influences tu les choppes dans n’importe quoi, ça peut être un oncle qui t’a grondé quand t’avais quatre ans et qui t’a dit une phrase qui va rester toute ta vie. J’avais un prof d’allemand qui disait une phrase de vieux con : « On ne récolte que ce que l’on sème ». Et ça a beau être une phrase de vieux con, c’est tellement juste ! Je pense que la construction d’un être c’est pas un événement mais une multitude d’évènements que tu vas parfois même déformer, réinterpréter, et qui font ce que tu es.

      Son site : olivierroller.com

      • 32561 commentairehttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F3256-la-photo-du-mardi-31-olivier-roller-interviewLa+photo+du+mardi+%2331+%3A++Olivier+Roller+%28interview%292010-02-02+19%3A42%3A36Guilhemhttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F%3Fp%3D3256

      La photo du mardi #30 : Hellen Van Meene (interview)

      Guilhem 26.01.10 16:53 interview, photo

      Née en 1972, Hellen Van Meene est une portraitiste néerlandaise. Ses modèles favoris sont les « young people », selon ses propres termes. Il ne s’agit pas simplement des adolescents, c’est un terme plus général et plus juste pour qualifer sa photographie, surannée, désenchantée. Tout ce qui n’est pas entré dans l’âge adulte, responsabilisé et déjà mourant en fait partie. Ses portraits sont mélancoliques, ses sujets sont perdus, peut-être trop lucides face au monde qui les entoure. Elle aime travailler seule et ne comprend pas vraiment quand on lui parle des difficultés du photographe en 2010. Entretien.

      Pouvez vous nous parler de votre photographie ?
      Je suis une photographe inspirée par les gens normaux. C’est-à-dire les gens qui marchent dans la rue et qui ne sont spécialement beaux par rapport aux standards des magazines de mode. J’aime travailler avec de jeunes gens, j’ai remarqué qu’ils sont ouvertd et plutôt flexibles. C’est tellement différent de travailler avec des adultes ou des personnes âgées. Une personne jeune sera tellement fraîche et ouverte, tu peux beaucoup plus les guider que les adultes.

      Vos photos sont plutôt picturales, vous inspirez-vous de peintres, et si oui desquels ?
      Non pas vraiment.

      Les gens que vous photographiez ont l’air de ressentir une sorte de mélancolie. Pensez-vous qu’il est plus intéressant d’essayer de saisir cette petite part de tristesse qu’il y a chez eux ?
      Je ne cherche pas la tristesse. Je demande toujours à mes modèles de rester vraiment droits et de se concentrer. Je pense que grâce à ça ils se mettent dans un état de relaxation. Je n’aime pas demander aux gens de sourire, ça perturbe beaucoup une photo. C’est aussi très dur de figer un sourire pendant une heure et demie et ce n’est pas très naturel. Enfin je pense que la tristesse et la joie sont des sentiments très proches, on peut avoir l’air triste et pour autant être une personne joyeuse.

      On vous connait pour vos travaux en galeries ou pour l’édition mais travaillez-vous également pour des magazines en mode ou pour du corporate ?
      Je fais rarement d’édito ou seulement quand je peux avoir la main dessus. J’aime tout contrôler. Par là j’entends choisir les modèles et stylismes, les lieux également. Tout ça sans avoir l’intervention d’un styliste ou d’un maquilleur. J’aime travailler avec mes propres choses et que tout soit très naturel, les maquilleurs en font toujours trop et ce n’est pas ce que je préfère pour mes images.

      Comment ressentez-vous la révolution que connaît le monde de la photographie aujourd’hui, pas seulement avec l’arrivée du numérique mais les difficultés croissantes du métier, les agences qui ferment… Est-ce que tout cela affecte votre travail ?
      Je ne comprends pas vraiment ce que vous voulez dire, je travaille avec mes galeries (Sadie Coles HQ, London, Atsuko Koyanagi Tokyo and Yancey Richardson NY) et ça se passe plutôt bien.

      • 31502 commentaireshttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F3150-la-photo-du-mardi-30-hellen-van-meeneLa+photo+du+mardi+%2330+%3A+Hellen+Van+Meene+%28interview%292010-01-26+16%3A53%3A50Guilhemhttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F%3Fp%3D3150

      Michael Cera between two ferns with Zach Galifianakis

      Jordan 14.01.10 16:48 interview, lol

      Zach Galifianakis est un chic type hyper ghetto, mais également un interviewer de talent. Pour le premier épisode de son Between two ferns with Zach Galifianakis sur FunnyOrDie, il recevait Michael Cera…

      A voir aussi, son interview sensuelle de Charlize Theron.

      • 29261 commentairehttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F2926-michael-cera-between-two-ferns-with-zach-galifianakisMichael+Cera+between+two+ferns+with+Zach+Galifianakis2010-01-14+16%3A48%3A42Jordanhttp%3A%2F%2Fwww.taorama.net%2F%3Fp%3D2926
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        • putain vous aver pas honte sale connard !!!!!!!!!!!!!!!!!! bende de batard tue ta mere a la place des cheveaux !!! Mathilde & alison sur La viande chevaline, on a toujours une raison de l’aimer
        • Moi je ne trouve pas que ça ressemble à Amazon. Sans tous ces "enculages de mouches" (excuse my French !) je n'aurais pas fait de... Karamelle sur Publicis pompe le logo d’Amaguiz sur celui d’Amazon
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