Née en 1972, Hellen Van Meene est une portraitiste néerlandaise. Ses modèles favoris sont les « young people », selon ses propres termes. Il ne s’agit pas simplement des adolescents, c’est un terme plus général et plus juste pour qualifer sa photographie, surannée, désenchantée. Tout ce qui n’est pas entré dans l’âge adulte, responsabilisé et déjà mourant en fait partie. Ses portraits sont mélancoliques, ses sujets sont perdus, peut-être trop lucides face au monde qui les entoure. Elle aime travailler seule et ne comprend pas vraiment quand on lui parle des difficultés du photographe en 2010. Entretien.

Pouvez vous nous parler de votre photographie ?
Je suis une photographe inspirée par les gens normaux. C’est-à-dire les gens qui marchent dans la rue et qui ne sont spécialement beaux par rapport aux standards des magazines de mode. J’aime travailler avec de jeunes gens, j’ai remarqué qu’ils sont ouvertd et plutôt flexibles. C’est tellement différent de travailler avec des adultes ou des personnes âgées. Une personne jeune sera tellement fraîche et ouverte, tu peux beaucoup plus les guider que les adultes.
Vos photos sont plutôt picturales, vous inspirez-vous de peintres, et si oui desquels ?
Non pas vraiment.
Les gens que vous photographiez ont l’air de ressentir une sorte de mélancolie. Pensez-vous qu’il est plus intéressant d’essayer de saisir cette petite part de tristesse qu’il y a chez eux ?
Je ne cherche pas la tristesse. Je demande toujours à mes modèles de rester vraiment droits et de se concentrer. Je pense que grâce à ça ils se mettent dans un état de relaxation. Je n’aime pas demander aux gens de sourire, ça perturbe beaucoup une photo. C’est aussi très dur de figer un sourire pendant une heure et demie et ce n’est pas très naturel. Enfin je pense que la tristesse et la joie sont des sentiments très proches, on peut avoir l’air triste et pour autant être une personne joyeuse.
On vous connait pour vos travaux en galeries ou pour l’édition mais travaillez-vous également pour des magazines en mode ou pour du corporate ?
Je fais rarement d’édito ou seulement quand je peux avoir la main dessus. J’aime tout contrôler. Par là j’entends choisir les modèles et stylismes, les lieux également. Tout ça sans avoir l’intervention d’un styliste ou d’un maquilleur. J’aime travailler avec mes propres choses et que tout soit très naturel, les maquilleurs en font toujours trop et ce n’est pas ce que je préfère pour mes images.
Comment ressentez-vous la révolution que connaît le monde de la photographie aujourd’hui, pas seulement avec l’arrivée du numérique mais les difficultés croissantes du métier, les agences qui ferment… Est-ce que tout cela affecte votre travail ?
Je ne comprends pas vraiment ce que vous voulez dire, je travaille avec mes galeries (Sadie Coles HQ, London, Atsuko Koyanagi Tokyo and Yancey Richardson NY) et ça se passe plutôt bien.