Guilhem 11.07.09 10:30 jazz, musique
La liste des saxophonistes on la connait. Tout le monde pense qu’il pourrait l’écrire sans faute et sans oubli. Getz, Lester, Coltrane et autres Desmond. Et pourtant il en est un qui mérite amplement sa place dans le carré, à coté de qui beaucoup passeraient.
Sans vraiment savoir pourquoi, Yusef Lateef s’est fait oublier de la grande histoire du jazz. L’oubli vient peut être du fait qu’il a toujours été dur de lui attribuer un instrument. Démarre à la flûte, joue du sax, du hautbois, de la clarinette, d’instruments du monde, le mec se diversifie. Bien avant Coltrane, il travaille sur l’influences des musiques orientales sur le jazz, il n’aimait pas beaucoup d’ailleurs qu’on appelle sa musique « jazz », il n’aimait pas beaucoup qu’on appelle sa musique en fait.
Lateef a un gros avantage sur tous ses copains à vents : il est encore en vie et il tourne. Pas plus tard que le 13 septembre prochain sera-t-il à la Vilette avec Ahmad Jamal et Archie Shepp. Avis aux amateurs.
The Blue Yusef Lateef sort en 1968, le jazz est en pleine transformation et Lateef en est. Pour l’anecdote l’on notera que le deuxième morceau de l’album à été samplé par IAM sur Un bon son brut pour les truands.
Guilhem 02.07.09 02:52 live, musique
Guilhem 18.06.09 19:17 jazz, musique
Ça peut effrayer un trio de guitaristes. Pour peu qu’on soit en camp scout à douze ans, et que les trois musiciens du soir sont Kevin, Julien et Anthony. Ça peut aussi lasser pour en avoir trop entendu s’il s’agît d’un trio manouche à Paris. Mais ni peur ni ennui aujourd’hui puisque les trois guitaristes qui ont eu l’idée de se réunir ne sont ni plus ni moins que trois des meilleurs guitaristes de ces dernières années.
Le premier est espagnol, Paco de Lucia, une légende du Flamenco. Il a été avec Tomatito un des guitaristes d’El Camaron. Le deuxième est anglais, John Mc Laughlin a énormément essayé de faire avancer la place de la guitare dans le jazz. Il a notamment collaboré avec John Surman, ou Miles Davis. Le dernier est américain, Al di Meola est aussi un explorateur musical. Très influencé par les musiques européennes il jouera avec l’élégance qui est la sienne au coté de Chick Corea.
Voilà pour ce qui est de l’avant. Un trio de mecs sympas et motivés à tirer le meilleur de leurs instruments.
Sorti en 1996, cet album est le dernier que le trio ait sorti. Il est précédé de Friday Night in San Fransisco en 1980 et de Passion, Grace and Fire en 1983. Les trois albums se valent et se complètent assez bien. Mon choix s’est tourné vers celui-là pour un morceau : la version complètement cool de Manhana de Carnaval (Matin de Carnaval). Joie de l’interprétation, là où d’autres, comme Getz, semblent nous raconter le matin précédant la fête et la joie des préparatifs, le Guitar Trio nous raconte le matin d’après, empreint de ce mélange de regret et de satisfaction qu’ont les lendemains de fêtes. Mais résumer cet album à un morceau serait pure folie. Je vous laisse écouter ce moment de musique à forte tonalité estivale.

Guilhem 14.05.09 15:10 jazz, musique
Parlons jazz certes, mais parlons un peu des classiques pour une fois. Cette semaine j’ai choisi une valeur sûre de l’histoire du jazz, le Paris Concert de Ketih Jarrett enregistré en 1988 à la salle Pleyel.
Il commence en accompagnant le saxophoniste Charles Lloyd et enregistre son premier album en 1967 : Life Between the Exit Sign. Oscillant entre différentes formations, c’est en trio ou en solo que le pianiste produit le plus, considéré sans vraiment de doute par tous comme le plus grand pianiste de jazz de tous les temps. Sa période de concerts solo sera marqué par le Köln Concert, album de piano le plus vendu au monde.
Jarrett construit, il n’interprète plus, il joue note après note, la seconde n’ayant de raison d’exister qu’en rapport avec celle qui vient de sonner et celle à venir. Un solo de Jarrett c’est une histoire qui se dessine, c’est un langage, un discours. Courbé sur son instrument, balbutiant ses notes, le pianiste semble puiser toute l’énergie qu’il lui reste pour nous raconter ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent.
Le Paris Concert n’abroge pas à la règle, en bon conteur qu’il est Keith gère le rythme de son improvisation avec génie. Une introduction sombre et profonde suivie par un moment qui semble plus empreint d’espoir et de sagesse, avant qu’enfin le piano s’emballe avec force et virilité pour mourir dans le silence le plus absolu. Un solo de 40 minutes, deux rappels et tout est dit.
Les débats sont houleux et fréquents pour savoir lesquels des nombreux solos de Keith sont les meilleurs. Pour ma part je n’ai jamais vraiment pu ni voulu déterminer. Je suis entré comme beaucoup dans ces enregistrements solo par le Köln Concert, mais ce live dégage une puissance qui m’a touché.
Sur ce je vous laisse prendre le temps, un peu moins d’une heure, d’écouter le plus grand pianiste de jazz à qui Miles à demandé un soir de concert à St-Germain : « Comment fais-tu ? Comment peux-tu jouer à partir de rien ? »
Guilhem 30.04.09 09:00 musique
Diego el Cigala est sans conteste un des plus grands chanteurs de flamenco contemporains. Bebo Valdes est le père de Chucho Valdes. Voilà, les présentations sont faites : sobres, concises et efficaces. Tout est dit en deux phrases. La rencontre entre deux maîtres dans leurs domaines, entre l’Espagne et Cuba, entre flamenco et jazz.
Art séculaire, ancré comme rarement dans l’histoire et la vie d’un peuple, le flamenco supporte mal les mélanges. Nombreux s’y sont frottés et peu ont réussi. Le pianiste et le chanteur dont nous parlons aujourd’hui sont de ceux-là, je ne vous surprend pas. Réunis une première fois sur l’album Lagrimas Negras, sorti en 2002, ils sont récompensés d’un Latin Grammy Award. Blanco y Negro est un enregistrement live datant de 2003 reprenant, entre autres, des morceaux de l’album. Le premier titre représente tout l’esprit du disque. Hubo un Lugar (« Il y avait un lieu ») commence par un solo de guitare des plus andalous, sur lequel vient se poser la voix sèche d’El Cigala. Les minutes passent, le flamenco prend ses aises, pénètre en nous et s’installe pour apprécier l’arrivée de Bebo. Arrivée incisive, brute, marquée et rythmée comme peut l’être le Cubain. Tranquille dans son chant, Diego s’adapte et pose sa voix avec autant de facilité que sur son flamenco, Bebo joue du piano comme s’il tenait la guitare de Tomatito et repart vers son jazz, à lui, aussitôt. Le mélange est réussi, tout est sauvé. Le live n’a plus qu’à s’achever sur En Aranjuez Con Tu Amor De La Mano Del Viento, une version unique et profonde du Concierto de Aranjuez.
L’album sur Deezer si le player bug …
http://www.dailymotion.com/video/x3m2c1