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    • Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #02 : Suprême NTM – Qu’est ce qu’on attend

      Norman 06.03.09 23:04 hip-hop, musique

      Je pense ne surprendre personne avec l’arrivée d’NTM dans ce classement, tout simplement le groupe le plus célèbre de l’histoire du hip-hop français, et pourtant ce n’est pas le plus corrompu. Une preuve, finalement, que la sincérité et l’ancienneté paient encore, même dans les milieux artistiques les plus gangrénés. Le choix pour le clip en seconde place s’est joué entre Qu’est ce qu’on attend et Tout n’est pas si facile, deux morceaux extraits de leur meilleur album Paris Sous les bombes sorti en 1995, sur lequel figure aussi le célèbre hit La fièvre avec la participation de Clyde le DJ d’Assassin, ou encore le morceau devenu culte en featuring avec Nas : Seine Saint Denis Style, un remix d’Affirmative Action. Étant donné la conjoncture actuelle, je pense que l’heure n’est plus à la nostalgie ni aux regrets mais à l’insurrection. Je doute que Kool Shen et Joey Starr soient aussi vindicatifs aujourd’hui qu’ils ont pu l’être lorsque ils retournaient les bas fonds de Paname et saccageaient les biens publics avec les premiers graffeurs de la capitale. Après tout on s’en fout, s’ils veulent vivre à jamais comme des héros figés dans l’image qu’avait d’eux le public lorsqu’ils pesaient encore, c’est leur problème.

      On est au courant, « tout n’est pas si facile tout ne tient qu’à un fil… ». C’est effectivement bien triste, la culture hip-hop n’existe plus telle qu’ils l’ont connue, et je trouve normal qu’ils le déplorent, mais ce morceau a été écrit il y a plus de dix ans, Shen et Joey semblaient alors moins dociles et faisaient référence à des souvenirs datant eux même de dix ans auparavant… Cela fait donc vingt ans de décalage. La nostalgie, à force, ça rend con et défaitiste. En plus, NTM a fini par se laisser flotter au gré du courant commercial comme tout le monde. Alors je ne leur ferai pas l’honneur de les faire passer pour des purs et durs, parce qu’aujourd’hui leur combat pour le hip-hop et leur lutte sociale n’a plus aucune valeur.

      En revanche, leur message avec Qu’est ce qu’on attend, aussi simpliste soit-il, restera toujours d’actualité. Et même si il y a une certaine ironie à réécouter ce titre, c’est un peu comme la Marseillaise, chacun y entend un peu ce qu’il veut. Il est clair, maintenant, que nous avons tous beaucoup trop attendu ; c’est bien beau de parler ou d’écouter, mais si rien ne suit alors à quoi bon. Si les artistes engagés n’ont pas les couilles de suivre leur voie radicale, ça n’est pas si grave finalement, il y en aura toujours d’autres plus avisés et peut-être plus fiables aussi, qui sait ? Mais alors si les auditeurs eux non plus n’ont pas les couilles de suivre leurs envies et opinions, en l’occurrence ici celles de s’élever explicitement contre le pouvoir et de clamer ses droits à être entendu et reconnu, nous sommes perdus.

      Rien ne me surprend ni ne me choque vraiment, surtout pas à un niveau d’engagement aussi superficiel que celui d’NTM. Mais je suis quand même un peu déçu lorsque je découvre, une fois encore, que toutes ces belles intentions n’étaient qu’un phénomène de mode, et que les anciens fans d’NTM sont devenus les victimes de l’oppression intellectuelle exercée par l’État, les médias et la culture de masse qu’ils ont un jour rejetés si allègrement. Vous l’avez sans doute noté, la rédaction de ce billet semble m’avoir guéri de ma nostalgie pathologique du hip-hop. Ça devenait pesant. J’ai adoré le rap, mais les raisons pour lesquelles je recherchais le message de rappeurs tel qu’NTM ont disparu. Ne m’en voulez donc pas si je ne développe pas plus mon avis sur le son et la carrière d’NTM, ce sont des informations que vous trouverez facilement sur le net. Mais n’ayez crainte, je vous réserve tout de même un numéro un digne d’une véritable conclusion à ce voyage dans les temps révolus du real hip-hop.

      J’espère que le clip de Qu’est ce qu’on attend viendra regonfler cette ardeur de rébellion que tout le monde semble avoir enfouie si profondément de nos jours.
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      Je m’excuse, je n’ai pas pu trouvé de version non-censurée de ce clip, pour ceux qui ne connaîtraient encore pas ces fameuses paroles, en voici les parties bipées.
      « Pour que notre jeunesse d’une main vengeresse brûle l’état policier en premier et envoie la république brûler au même bûcher« , »Allons à l’Elysée, brûler les vieux et les vieilles, faut bien qu’un jour ils payent ! »

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #03 : Les Sages Poètes de la rue – Qu’est ce qui fait marcher les sages?

      Norman 04.03.09 01:30 hip-hop, musique

      « Pas besoin d’apparaitre dur sur le fond, pas besoin d’apparaitre hardcore. »
      Après le rap très sérieux d’Assassin, on se détend un peu avec les célèbres Sages Poètes de la Rue, de véritables virtuoses de la rime qui eux aussi ont énormément contribué à façonner le hip-hop français. C’est avec eux que le rap débarque doucement sous une forme plus élaborée que celle des premiers MCs français, qui à l’époque s’entrainaient encore à déclamer rapidement des textes au fond bien sûr politique, mais à la construction plutôt basique. Le groupe se forme en 1987 et commence par s’appeler SPR MCs pour « Soul Pop Rock MCs », mais très vite les trois membres Zoxea, Melopheelo et Dany Dan s’orientent vers le choix d’un blaze plus personnel et évocateur du style du groupe, tout en conservant le sigle de leurs formation initiale. Bien que leur sérénité et leur légèreté ne transparaissent pas vraiment dans le clip ci-dessous, les Sages Po ne donnent pas dans le rap hardcore mais ils ne mettent pas pour autant de côté les aspects durs et violents de leurs vies. C’est encore en 1995, l’année d’or du rap français, que je découvre, une nouvelle fois grâce à l’excellente bande originale du film de Kassovitz La Haine, un aperçu du style très sophistiqué des Sages Po, avec leur titre Bon baisers du post. Convaincu du potentiel indéniable des MCs, j’emprunte leur premier album sorti cette même année, Qu’est ce qui fait marcher les sages ?, et c’est avec ce disque que je comprends la véritable essence des Sages Po. Je suis immédiatement saisi par leur aisance au micro, difficile de ne pas me laisser surprendre par le flow apaisant de Melopheelo, la désinvolture de Dany Dan ou l’habileté naturelle de Zoxea à décomposer les mots. Naturel est le mot qui décrit le mieux la facilité déconcertante qu’ont les Sages Po à rapper. Face à l’indolence risible de Melopheelo ainsi qu’à la vanité générale du groupe, il est difficile d’imaginer que les Sages Po soient des métromanes tourmentés qui doivent se faire violence pour briller.

      « Si les Sages Po, assurent sur le tempo, c’est qu’ils ont la technique dans la peau ! »
      Ils font partie des premiers bon MCs français à comprendre l’esprit du hip-hop américain et à en retranscrire les subtilités pour l’adapter à notre culture et aux nouvelles possibilités qu’offre la langue française. Ils innovent avec leurs textes denses qu’ils déclament sans jamais divaguer ni s’éloigner du fond, et cela en restant toujours conscients que le rap ça n’est pas qu’une voix posée aléatoirement sur un instrument quelconque. Il y a une véritable qualité d’élocution et un tempo travaillé, cadencé au rythme d’instrumentaux dignes de comparaison avec les beats les plus jazzy qu’aient concocté Ali Shaheed Muhammad, le DJ génial d’A Tribe Called Quest. L’influence du jazz est omniprésente chez les Sages Poètes, je conseille donc aux romantiques, aux mélomanes et aux amoureux de jazz qui seraient curieux d’aller voir leur clip Amoureux d’une énigme, un morceau aussi extrait de leur album Qu’est ce qui fait marcher les sages. J’adore ce morceau et j’ai eu beaucoup de mal à choisir lequel des deux clips je posterai pour représenter les Sages Po. On reconnait parfaitement dans ce titre la touche de JimmyJay dont je n’ai plus à vanter l’impressionnante carrière. C’est au studio du mythique Posse 501 que les Sages Po’ se font remarquer pour la première fois par JimmyJay, et MC Solaar avec lesquels ils participeront à deux morceaux sur le premier album de Solaar Prose Combat. Le rap était alors encore le descendant naturel du jazz.

      Malgré cette prise de position artistique qui les rend plus accessibles au public, les membres de Sages Po ne se déconnectent jamais de la rue et participent à de célèbres projets plus hardcore et plus underground que leur propre groupe. Ils sont à l’origine de cette fameuse connexion plutôt musclée entre Mo’vez Lang, la Malekal Morte et Boulox Force pour donner le célèbre et sulfureux groupe qu’on appelle Beat 2 Boulpour « Beat de Boulogne ». Une formation intéressante qui compte quelques morceaux cultes en compagnie des Sages Po comme B comme Beat 2 Boul, Beat 2 Boul est dans la sono, ou encore Beat 2 Boul Cha sur la compile Cut Killer Show que je vous conseille d’écouter absolument. Mais c’est surtout Zoxea, king de Boulogne, qui s’émancipe le plus et se consacre, par exemple, à la production du fameux single de Busta Flex J’fais mon job à plein temps. Ils se retrouveront à nouveau mais cette fois-ci épaulés par Kool Shen pour créer le crew IV My People. On retrouve aussi Zoxea sur le meilleur titre de la compilation Nouvelle Donne, un de mes morceaux favoris de hip-hop français, l’énorme Attaque à Mic Armé aux côtés des gars d’ATK, Freko, Cyannure, Test, Axis, Antilop-sa et le regretté Fredy K.

      De plus en plus de rappers ne parlent que de guns et de meurtres comme des nerds boutonneux et obèses parleraient de sexe, les Sages Po arrivent tout droit de Boulogne Billancourt dans le 92 sans avoir à évoquer en permanence flingues ni ruffnecks assassinés pour prouver leur authenticité. Ce sont des rappers prolifiques, ouverts, intelligents et indubitablement sages. Ils ont cette aura de mecs chevronnés qui ont traversé et assisté à tellement de galères qu’il ne leur est même plus nécessaire de prendre un air menaçant pour se faire respecter ; le regard et la parole d’un vétéran, d’un ancien du ghetto suffit à imposer le respect. Ils ont prouvé qu’ils étaient authentiques et hardcore en traversant la vie malgré les embûches que les cités de Boulogne pouvait leur réserver. Vous comprendrez sans doutes mieux ce qui fait marcher les sages après avoir vu ce clip, qui me rappelle quelques grands moments de Krs-One.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #04 : Assassin – Esclave de votre société

      Norman 27.02.09 23:44 hip-hop, musique

      J’imagine que vous l’attendiez avec impatience, en quatrième place voici l’un des meilleurs et tout premiers groupes de rap en France, j’ai nommé Assassin, sans qui le hip-hop hexagonal n’aurait sans doute jamais eu l’ampleur actuelle. Bien qu’il ait profondément marqué la culture rap en France, et même contribué à son développement, c’est un groupe qui, à ce jour, n’a jamais eu d’équivalent digne de comparaison. Mis à part dans le punk peut-être, puisqu’à l’instar du Béru, les textes d’Assassin m’ont aidé à forger mes convictions politiques en plus de renforcer mon goût pour le terrorisme poétique. A l’époque je manquais de maturité, et donc comprenais mal ou n’aimais tout simplement pas certains aspects de leur musique, je me suis donc forcé à apprécier Assassin, car j’admirais Rockin Squat, je le trouvais charismatique et malin, de plus j’aimais faire de la provocation en me vantant d’écouter un groupe dont le nom était Assassin… Je pensais faire flipper les beaufs et les adultes. Bref, j’étais plus attiré par l’énigme qu’ils représentaient que par le contenu de leurs disques.

      Assassin se forme en 1985, ses membres DJ Clyde, Doctor L, Solo et Rockin Squat font partie des premiers crews de graffeurs du Nord de Paname et côtoient les célèbre DRC, TCG, ou Graffiti Kingz mais aussi les bandes de zulus et autres chasseurs de skins de la capitale. Le principal MC, Rockin Squat, de son vrai nom Mathias Cassel, est le fils de Jean Pierre et le frère de Vincent. Par chance il hérite de la fibre artistique familiale mais préfère effectuer ses performances dans l’ombre de l’underground, à l’abri de la mode, du système et des médias de masses, qu’il considère comme corrompus et médiocres. Cette double identité publique dérangeait, certains auditeurs critiquaient Squat qu’ils considéraient comme orgueilleux et moraliste. Le message d’Assassin a souvent été mal compris et injustement discrédité, j’avoue avoir eu du mal moi aussi à pénétrer dans l’univers lugubre et complexe de ce groupe qualifié de trop intellectuel, un désavantage qui soi-disant ne les rendait pas accessibles a tout le monde. Certains trouvaient que Rockin Squat agissait avec une condescendance de bourgeois qui voudrait se délester de la culpabilité d’être plus gâté que d’autres, en faisant la morale aux pauvres analphabètes des cités. Effectivement Squat avait la chance de pouvoir profiter d’une bonne éducation et d’une culture riche et variée, mais ne serait-ce pas plus délictueux que de ne pas utiliser son savoir plutôt que d’essayer, par le biais du rap, de mettre ses connaissances au service de ceux qui n’ont pas le même niveau d’éducation ? Il n’y a rien d’orgueilleux ou de mal là-dedans, Rockin n’a pas la prétention d’arriver en sauveur ni même de détenir la vérité absolue, il aurait pu aussi bien rester se la couler douce aux frais du vieux, à se shooter à l’héro avec les enfants déchus des autres célébrités, sans se soucier du sort de rien ni personne. Il sait que son action ne changera pas la face du monde mais que toute contribution au combat pour la justice et la paix, aussi modeste soit-elle, est nécessaire si l’on veut vraiment changer la conjecture de notre monde pourri, et que pour cela l’éducation et le savoir sont les meilleurs moyen d’y parvenir.

      Il n’y a pas de doute, Rockin Squat est un mec sincèrement concerné, comme il l’écrit, sa « mission est artistique… » mais c’est la force des choses qui le pousse à réagir. Par humilité donc, mais surtout pour ne pas devenir une idole ou le porte-parole d’un mouvement singeant les systèmes critiqués, Squat n’apparait jamais à visage découvert sauf dans quelques très rares vidéos comme celle-ci. Malgré son allure menaçante de terroriste en fuite, et cette voix farouche qui le caractérise si bien, Rockin est un des rares rappers considérés comme underground et hardcore qui appelle à la non-violence et qui ose dire sans honte des mots comme « amour », « paix », « unité » ou encore « livre » et « musée ».

      Au fil du temps j’ai appris à comprendre Assassin, il faut s’accrocher pour saisir la véritable essence de ce groupe. Si vous ne connaissez rien d’eux voici l’occasion pour vous de commencer à les découvrir en douceur et dans un sens chronologique, avec ce morceau Esclave de votre société extrait de leur premier album Note mon nom sur ta Liste sorti en 1991.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #05 : Afro Jazz – Strictly Hip Hop

      Norman 25.02.09 02:20 hip-hop, musique

      Allez ! Tout les wak baissent leur froc, en cinquième position, place aux soldats de l’underground guerilla, voici un autre de mes groupes favoris, Afro Jazz. Leur album Afrocalypse sorti en 1997 est un disque que je fais cracher régulièrement depuis dix ans sans jamais me lasser et en kiffant toujours plus à chaque nouvelle écoute, je l’adore du premier au quinzième titre, l’interlude oldschool inclus. Il a même pris de la valeur au fil du temps en devenant le meilleur vestige de mon ancienne et regrettée collection. Si vous ne le connaissez pas, il est indispensable et même urgent de vous le procurer. C’est en 1996 que Daddy Jokno, Jahyze et Robo, les membres d’Afro Jazz enregistrent leur premier maxi trois titres sous la tutelle de Joey Starr et de Lucien ; le disque se trouve être très bon, le groupe est à l’avant-garde d’un renouveau du real hip-hop et choisit pour cela un visuel évocateur : le vinyl est estampillé d’une plaque d’égout sur laquelle est marqué le titre Perle noire. Afro Jazz sort de l’ombre cette année là, et suggère avec insolence que les trésors se trouvent dans l’underground.

      Suite à des concerts bien accueillis en premier partie d’NTM, Afro Jazz enregistre alors en 1997 Afrocalypse, à New york, et s’entoure pour cela de quelques-unes des plus importantes figures de la scène underground française, en se faisant accompagner par l’énigmatique mais non moins célèbre DJ Clyde, ancien Assassin qui est aussi à l’origine de leur maxi Perle Noire, mais également d’albums cultes comme Paris sous les Bombes ou Note mon Nom sur ta Liste. A la prod’, Clyde fait appel aux américains Buckwild de Notorious B.I.G., Diamond D et Da Beatminerz. Côté MC, il y a aussi du lourd avec NTM et deux nouvelles participations exclusives du vieux Lucien Revolucien aka Papalu, qui apparaissent sur les morceaux La guerre des nerfs et le titre qui nique le président de l’état français : Parias vs États. Bref, un projet de rêve pour les fans d’authentique rap hardcore & underground, un style auquel le public français était encore trop peu habitué, et c’est sans doute pour ça que la sortie de cette production couillue aux sonorités new-yorkaises fut un pitoyable échec. Certes, leur objectif audacieux était décalé pour son temps, beaucoup de MCs français se sont déjà ridiculisés en plagiant le style américain, mais je trouve justement dommage qu’Afro Jazz n’aie pas eu la considération qu’ils méritaient pour avoir triomphé avec panache là où tout le monde avait lamentablement échoué.

      Le style East Coast de l’ancienne école et le besoin d’un retour à l’authenticité n’a pas toujours été le fer de lance des rappers, encore moins une tendance marchande comme ça le devient de nos jours. A l’époque de la sortie d’Afrocalypse, le rap devenait une culture à la mode, les radios ainsi que la presse spécialisée préféraient alors élargir leur champ d’audience à des profils d’auditeurs plus dociles mais par la même occasion moins hardcore et surtout moins puristes. Pour ne pas froisser ce nouveau public il valait mieux édulcorer le genre en diffusant l’idée formaliste mais beaucoup plus commerciale que le hip-hop ça n’est pas inaccessible, que parfois cela peut être dur mais pas forcément hardcore, et qu’il ne faut pas forcément souffrir de racisme ou d’abandon social pour rapper, voire même ne pas souffrir du tout… C’est à cause de cette propagande commerciale que le rap tel qu’il a été créé n’existe pratiquement plus aujourd’hui, et que des groupes comme Afro Jazz n’ont pas le succès mérité.

      Évidemment ils se démarquent de la tendance et font flipper tout le monde. Ces mecs là arrivent en treillis, n’esquissent jamais un sourire et grognent de façon menaçante des lyrics condamnés pour leur caractère afro-identitaire par les même gros cons fachos qui n’entravaient déjà rien aux provocations cyniques du Ministère A.M.E.R.. En plus de leurs attitudes audacieuses qui repoussent l’opinion publique, ils ne trouvent rien de mieux à faire que de collaborer avec le plus hardcore, le plus sulfureux, le plus cool des MC, j’ai nommé le meilleur rapper de toute l’histoire du hip-hop Osirus aka Big baby Jesus aka Ol’dirty Bastard, qui était considéré comme infréquentable voire dangereux. Bref, Afro Jazz intimide et s’isole du reste de la scène française à cause de cela. Et ce malgré la bienveillance de Cut Killer qui leur dédie une mixtape entière, à laquelle participe entre autres Rockin Squat, une tape aux accents toujours américains mais avec un style plus mainstream.

      Rien n’y fait et le public dérouté n’arrive pas à comprendre les intentions du groupe hardcore aux paroles pourtant simples et explicites. « Authentique style, authentique hip-hop, je n’suis pas le genre d’MC qui porte des jeans Pantashop. Moi c’est x-tra x-tra large avec un beat qui mash up« , ou encore le genre de truc que personnellement je kiffe grave : « Mais si un animal donne des animaux. Alors le manimal, donne des manimaux. Manie les mots, comme un dingue un flingue, quel que soit le moment, j’n'ai pas besoin de seringues de pfff j’suis déjà dans mon élément. Le hip-hop est ma dope, je n’ai besoin de rien d’autre, Mon nigger si, mon équipage, mon bedo, mon zinc. »

      Ne sachant comment appréhender ce style de rap ultra-virulent, la plupart des gens mettent bêtement de côté ce groupe auquel ils ne pouvaient pas s’identifier, et se réfugient auprès d’idoles sympathiques mais artificielles desquelles Afro Jazz conseille justement de se méfier dans le morceau Sucker MC. A l’époque, même les connaisseurs, qui savaient qui était Afro Jazz, ne remarquaient pas toujours la qualité indéniable de ce groupe. C’est à ne rien y comprendre puisqu’Afrocalypse, à mon avis, représente une bonne synthèse de ce qui s’est fait de mieux en matière d’underground dans le hip-hop français et américain. L’influence majeure vient directement du style hardcore des rappeurs East Coast, à la manière d’un KRS-One ou du Wu-Tang à l’époque Protect Ya neck et Brooklyn Zoo. Afro Jazz fait dans le gros rap couillu à base de beats lourds et brutaux, d’instrumentaux jazzy souvent menaçants, de flows agressifs et tapageurs, de voix rauques avec lesquelles ils mugissent leur lyrics crus, engagés, hardcore et sans pitié. Du super lourd je vous dis ! Alors roulez vous un énorme bédo, faites cracher le son de vos enceintes et surtout ne restez pas assis pour regarder cette tuerie qui s’appelle Strictly Hip Hop.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #06 : Sléo – Je lance les dés

      Norman 22.02.09 23:10 hip-hop, musique

      Pour la sixième place, j’ai pensé qu’il serait bon de re-voir ou de découvrir un groupe notoire dans le milieu hip-hop underground. Les deux MCs très discrets Sly D.O. et Jazzy Ko n’ont jamais eu de succès commercial, et pourtant ils font partie des fleurons de la scène française. S’ils sont mal connus, ce n’est pas parce que leur groupe Sléo n’en vaut pas la peine, mais parce que leurs aspirations artistiques les restreignent à un public strictly hip-hop, et les libèrent ainsi des pressions de la mode et de la production commerciale. Avec Sléo, la culture hip-hop est représentée sous sa forme la plus originelle, l’adversité dans la rue et tous les autres thèmes qu’on retrouve souvent dans les paroles de rap sont aussi abordés, mais sous un aspect un peu plus optimiste que chez la majorité des groupes. La légèreté de leurs paroles n’empêche pas d’apprécier leur vision d’une réalité difficile mais sans se cantonner uniquement aux moments hardcore et violents de leurs vies. J’ai toujours admiré Sléo pour cette force tranquille dont ils faisaient preuve dans leur rap comme dans leur carrière. Ils n’ont pas besoin d’être craints pour se faire respecter, comme ils l’expliquent clairement sur le titre Le respect sans les armes, tiré de L’essence du combat, leur second et meilleur album. Lorsqu’ils sont au micro, ce qui prime avec Sléo, c’est de faire du véritable hip-hop, et c’est en cela qu’ils se rapprochent de groupes phares tel que Das EFX ou A Tribe Called Quest. Pour Sléo comme pour les précurseurs américains, rapper est un numéro d’acrobaties verbales, la diction un sport de combat et le jazz leur ancêtre.

      Leur aplomb, leur aisance, ainsi que la forte influence des États-Unis sur leur style n’ont rien de surprenant puisque dès leurs débuts en 1993, ils enregistrent en studio sous la tutelle du vénérable JimmyJay, pour le premier opus de ses prestigieuses Cool Sessions aux côtés de l’immense Lucien, des Sages Po’, des Démocrates D ou bien encore, pour ceux qui suivent, d’MC Solaar. JimmyJay était le producteur de la crème du hip-hop au début des années 1990, ami d’Afrika Bambaata et habitué des projets connectant la France aux USA ; en 1994 il accompagne aussi Sléo à New York pour y enregistrer leur premier album Ensemble pour 1 nouvelle aventure aux studios de Sterling Sound, le même que celui d’A Tribe Called Quest, The Roots ou même encore Run DMC. Bref, Sléo est au cœur du mouvement Rap et enchaîne les collaborations avec les plus grands. En France, ils participent régulièrement aux compilations de Cut Killer, comme sa série des Hip Hop Soul Parties ainsi qu’aux mixtapes de DJ Poska et du trop peu connu DJ Logilo. Comme ils sont prolifiques et réputés, ils collaborent aussi avec Fabe, Khondo, Puzzle, La Cliqua, et Lady Laistee. Ensemble ils apparaissent sur les grandes compilations de rap français et contribuent mutuellement aux projets solos de chacun. Sly Do et Jazzy Ko eux aussi sont appelés à participer au projet désormais culte de la bande Cercle Rouge Production, White & Spirit, Maitre Madj et Jean François Richet, pour le fameux 11′30 contre les lois racistes.

      Les connaisseurs se souviennent sans doute de ce titre qui déchire, Ne joue pas avec le feu, sur leur album Ensemble pour une nouvelle aventure, un featuring devenu culte avec Rocca de La Cliqua, Fabe, le Petit Boss et Lady Laistee. Bizarrement, la règle qui veut que le meilleur album d’un rapper soit son premier ne s’applique pas avec Sléo. Malgré la présence du morceau Le feu sur leur premier album, et mis à part bien sur Je lance les dés et Monnaie de singes, je n’adore pas ce disque, c’est juste moyennement bon, le potentiel existe mais ça manque de pratique et les refrains finissent par taper sur les nerfs. Il faut attendre leur deuxième album L’essence du combat, sorti en 1996, pour ressentir une réelle évolution. Leur style y est plus affirmé et Sléo semble avoir trouvé sa voix, comme on peut l’entendre avec des productions telles que le titre décapant Qui tu représentes, qui met salement les wak MCs à l’amende, ou l’imposant Represent, un featuring avec les New-yorkais de Cella Dwellas. Un autre de leur projet initié par Jazzy Ko et Sly Do, que je connais mal et qui me paraît beaucoup moins intéressant, mais que je me dois de citer, c’est l’anecdotique Mic Dawa Crew, initié par Sly, regroupant des rappers comme Da Mikronik ou encore L’Eskort dont je n’ai jamais rien écouté de sensationnel. Mais Sléo est un groupe au parcours étalé sur plusieurs pays et différents crews, il serait difficile de vous résumer leur carrière riche en rebondissements et collaborations puisqu’ils ont côtoyé, de près ou de loin, la quasi-totalité de la scène française. Malgré cette réputation impressionnante, j’ai eu beaucoup de mal à dénicher un complément au peu d’informations que j’avais déjà à l’époque. Je m’aperçois qu’aujourd’hui ils ont disparu comme ils sont arrivés, sans faire de bruit mais en parvenant toujours à se faufiler pour être vus au premier rang. Comme cet élève anonyme avec lequel on se trouve sur toutes les photos de classe mais dont on ne peut jamais remettre le nom. Le plus important reste qu’ils se trouvaient là où il fallait lorsqu’il le fallait, et même si peu s’en souviennent, ils savent que Sléo n’étaient pas n’importe quel groupe. J’espère que vous serez d’accord avec moi après avoir vu ce clip, dans lequel la jolie Lady Laistee fait une apparition que vous ne louperez pas j’en suis certain.
      Je lance les dés, extrait de l’album Ensemble pour une nouvelle aventure.
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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #07 : Ideal J Junior – Danse avec moi

      Norman 20.02.09 17:25 hip-hop, musique

      En septième place, j’espère vous combler avec cette vidéo que l’on diffuse trop rarement, après les jumeaux gued1, voici venir les plus jeunes rappers du classement. En effet, les deux MCs Daddy Kery et Alter n’ont pas plus de quatorze ans, mais ne vous laissez pas attendrir par leur jeune âge, car leur message n’a rien d’une comptine et s’avère être des plus solennels. Il faut bien comprendre que je n’ai pas choisi ce clip parce que je trouvais amusant ou même adorable la simple idée de voir des gamins rapper avec une voix fluette et singer les plus grands lorsqu’ils parlent de problèmes liés à notre société. Ideal J Junior, ce n’est pas l’école des fans du ghetto. La qualité des deux seuls et uniques morceaux de ce groupe n’a rien de dérisoire face à de célèbres titres comme Esclave de votre société d’Assassin ou encore Authentik d’NTM. Le groupe, fondé en 1989 sous la tutelle de Manu Key, est composé de quatre membres, Lil Jahson, Alter, Mista Flo, DJ Medhi et Daddy Kery que le public connait mieux aujourd’hui sous le blaze de Kery James. Malgré leur jeunesse, le groupe fait preuve d’un sens de l’engagement politique plutôt lucide, et ils l’expriment avec une radicalité rare pour des adolescents. Sur leur autre titre La vie est brutale, sorti en 1992, Daddy Kery décrit déjà de la façon hardcore qui le caractérise la peine et la haine que provoquent chez lui la déchéance sociale des citées françaises, et la passivité du gouvernement face aux appels au secours de ses habitants.

      Kery n’a depuis jamais perdu de vue ses objectifs en tant que porte-parole de la banlieue, mais lorsqu’il revient en 1996 avec Original MCs sur une mission, le ton s’est endurci et la détermination toute fraîche d’Ideal J Jr a laissé place au pessimisme amer d’un Kery James adulte. Le style est plus assuré, les paroles sont plus crues, le message se veut simple et clair, on oublie la fantaisie et le flow tonitruant du rap 80’s, les instrumentaux mieux élaborés sont plus graves, mais les intentions restent les mêmes. Bref, Ideal J n’a plus du tout envie de rire. Le titre que je préfère, Je dois faire du cash, est le fruit d’une rage pure et sincère de caillera prête à partir au combat. J’aime beaucoup ce morceau que je trouve vraiment prenant d’honnêteté, et qui marque le retour d’un Kery mature, mais glacial : « Nouvelle année, nouvelle ère, nouvelle réalité, le fric contrôle le monde et dans le ghetto beaucoup de salauds sont armés« . Le flow efficace des formules angoissées de Kery s’accorde en parfaite harmonie à l’instrumental mélancolique de DJ Medhi. Ce disque est une des raisons pour laquelle j’aime et respecte Kery en plus de sa carrière avec les Ideal J Jr. Si vous ne connaissez pas encore cet album, je vous conseille vivement de vous le procurer, que vous soyez fan ou nom de Kery.

      Cette dévotion corps et âme aux causes qui le concernent, force définitivement le respect, mais peut aussi effrayer lorsqu’on en observe les dérives. Quand le radicalisme se transforme en désespoir, généralement cela augure un basculement vers l’extrémisme, ce qui finit malheureusement par arriver à Kery James. Suite à la mort de l’un de ses amis proches et certainement à d’autres évènements traumatisants que je ne connais pas, Kery laisse à nouveau le rap de côté pour se convertir à l’islam. C’est à ce moment là que les intentions et le discours changent, et pour ma part c’est à ce moment que je cesse d’admirer Ideal J. Cette illumination soudaine lui enlève sensiblement sa liberté intellectuelle, et pourtant c’est une stabilité idéologique qui me paraît cruciale pour le porte-parole de types déjà confus et énervés. Lorsque Kery raconte le ghetto français en 1996, on reste dans le cadre d’un message social collectif, en revanche, lorsqu’il condamne les pédés dans Paname et le dévergondage des femmes en 1999, on se retrouve dans le cadre d’une propagande religieuse raciste et conservatrice qui, par définition, n’est plus un combat pour changer le monde, et encore moins une digne lutte pour la justice et les droits des individus opprimés. En plus de son objectivité idéologique, la religion a aussi étouffé le peu de passion et de créativité qui subsistait chez lui. Ses constantes allusions au Diable, à l’enfer, au Jugement Dernier, à l’Apocalypse, et aux nombreuses autres catastrophes divines les plus absurdes sont faites avec un premier degré qui d’abord peut faire rire, mais ensuite vomir et finalement carrément flipper. Lorsque j’écoute certaines de ses récentes productions, je ne reconnais plus vraiment le Kery que j’écoutais lorsque j’étais minot, mais un fanatique dépressif qu’on a lobotomisé, et qui rappe par réflexe de survie et non plus par conviction personnelle. Ce qui me déçoit le plus, c’est qu’avant qu’il ne donne son cerveau à Dieu, ses similitudes avec Assassin étaient nombreuses. Kery James avait ce style cinglant qui me rappelait un peu celui de Rockin Squat, cette même sévérité, et cette façon très sérieuse d’appréhender le hip-hop comme un moyen de protestation crucial pour instruire et faire bouger leur public. Comme Rockin Squat, Kery James semblait conscient de l’influence qu’avaient ses textes sur ses auditeurs, il en acceptait la responsabilité. Bref, initialement leurs objectifs étaient communs et laissaient augurer une carrière intéressante pour Ideal J qui malencontreusement a préféré s’abaisser à respecter des lois préhistoriques et à lutter seulement pour son propre camp. Ideal J est un immense groupe de rap au potentiel gâché, je n’oublierai jamais Original MCs sur une mission et leur brève carrière dans Ideal J Junior. Dont voici tout de suite leur seul clip, Danse avec moi.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #08 : 2 Bal feat. Mystik – La sédition

      Norman 18.02.09 16:48 hip-hop, musique

      Avec un peu de retard voici, enfin, la huitième place du classement. On laisse de côté les cailleras du 78 pour s’intéresser aux briscards du 77, les indispensables 2 Bal. Les particularités de ce duo de MCs sont nombreuses. Leur précocité dans le milieu dénote une détermination et une authenticité rares puisqu’ils commencent à rapper sous le blaze de BB MC dès l’âge de dix ans. Comme ils débutent et évoluent ensemble, il devient difficile d’imaginer l’un sans l’autre. Et pour cause, puisque les 2 Bal sont frères, jumeaux mais pas identiques, ils se complètent parfaitement lorsqu’ils sont au micro. G Kill c’est le pirate, le gued1, il amuse et inquiète en même temps, c’est lui qui attaque les faux MCs à la machette en bêlant comme un mouton démoniaque. Doc TMC c’est le bourreau des deux, sa voix est plus basse et plus éraillée que celle de son frère, son flow brutal et ses lyrics plus lugubres se rapprochent du style noir de leur ami et producteur, Krokmitten. Ce que j’aime principalement chez eux, c’est cette touche de sadisme et ce sens de la mise en scène de l’horreur et de la barbarie. Pour mieux comprendre il faut écouter Les poètes de la mort en featuring avec Monsieur R. et Krokmitten justement.

      Le clip La Sédition diffère de leurs nombreuses collaborations avec Krokmitten, la touche grand-guignolesque est atténuée, et le ton est plus sérieux. Les 2 Bal savent aussi l’être lorsqu’on parle d’engagement politique et surtout de problèmes sociaux dans les cités de France. C’est pour cela que Jean-François Richet fait appel a eux pour poser sur la B.O. de son très bon film social Ma 6-T va crack-er. Une B.O. qui tout comme celle de La Haine déchire, et fait maintenant partie des classiques français. Les deux frères collaborent ici avec un rapper proche du crew Ménage à 3, Mystik, qui participe entre autres au célèbre et excellent titre d’Assassin sorti en 1996 L’underground s’exprime II. Je n’ai jamais cerné ce rapper qui a beaucoup de potentiel mais un parcours irrégulier. Ses meilleurs prestations se résument à ses participations aux grands projets comme 11′30 contre les lois racistes et Ma 6-T va crack-er ou encore la compilation Sachons dire Non. Sa carrière solo n’étant pas inoubliable, on peut considérer que son meilleur morceau reste certainement La Sédition. Mais que sans les 2 Bal cette bombe ne serait sûrement pas de cette qualité. C’est un des meilleurs appels à la révolte entonné par des rappers français, après l’avoir écouté, le poulet rôti du Ministère A.M.E.R. perd un peu de sa saveur. Ce que j’aime par dessus tout chez les 2 Bal, c’est leur intégrité à toute épreuve, leur son hardcore, leur combat hip-hop et bien sûr et avant tout leur album en collaboration avec les 2 Neg. C’est certainement le meilleur disque de tous les temps. Évidemment, on reste dans une catégorie nationale et hip-hop, et je n’oserais même pas tenter de le départager des autres obus de l’époque comme Conçu pour Durer, Heptagone, L’homicide volontaire, Paris sous les bombes ou bien même États d’âmes l’album de Kabal, les protégés de Rockin Squat.

      La collaboration des twins avec Kick-Low, Eben & Niro est un coup de génie de la part de Krokmiten. La production musicale de DJ white&spirit n’a rien à envier aux grands classiques comme Lords of the Underground ou le Wu-Tang Clan. C’est simple, je pense qu’il n’y a aucun titre à jeter… Mais je ne saurais pas dire si c’est par nostalgie ou véritablement par goût. La cerise sur le pompom c’est ce front kick à coups de Airmax dans la face des major companies, qui commencent à trop croire qu’elles sont indispensables au succès d’un groupe. Celui des 2 Bal ne tient qu’a leur détermination et leur talent, leur succès est national et ce n’était pas faute de prévenir dès le premier morceau du disque. Ils vantent leur indépendance et leur radicalisme dans La magie du tiroir : « C’est d’en bas que je bats ceux qui sont en hauts, c’est ça moi je reste underground et maintenant les débats sont clos« , une attaque engagée contre les gros producteurs et les MCs qui baissent leur froc. En résumé les 2 Bal 2 Neg sont de la veine real hip-hop, avec eux les faux se sentent menacés et le rap est dûment représenté. Je ne conçois pas une histoire du hip-hop français digne de ce nom sans y compter les twins du Ménage à 3.

      En huitième place, le clip qui apparait pendant la séquence d’émeute du film de Jean-François Richet Ma 6-T va crack-er : La Sédition, de 2 Bal feat. Mystik. Pour information, le mec excité avec la casquette Lacoste rouge qui donne des coups de boule contre la plaque de verre, c’est Jean-François Richet.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #09 : Expression Direkt – Mon esprit part en couilles

      Norman 16.02.09 01:46 hip-hop, musique

      En neuvième place j’ai pensé que cela vous ferait plaisir de revoir un clip indispensable à un classement de rap français digne de ce nom. Planquez vos barrettes de teuchi, voici : Mon esprit part en couilles. Le morceau grâce auquel quatre anciennes crapules de la bande des Soul Terrifik Kidz sont devenus l’un des groupes phares de la scène hip-hop radical. Pour ceux qui seraient largués, la bande des STK se forme en 1986, la plupart de ses membres sont originaires de Mantes-la-Jolie, et regroupe des graffeurs, des breakers, et des MCs, tous adeptes de la chasse aux skins et de la musique soul funk des soirées Zulus organisées au centre de la capitale. Leur réputation est sulfureuse et comme d’habitude le crew est bêtement réduit à l’étiquette de simples racailles par les médias, qui ne le mentionnent que pour leurs déboires avec la justice ; on les accuse de violence, dégradations, vol et deal. Mais pour les connaisseurs avisés ça n’est qu’un détail face à la véritable raison pour laquelle les STK sont respectés : leurs actions sociales et évènements publics divers ont joué un rôle important pour l’avancement de la culture naissante du hip-hop en France. A force de concerts et de passages radio pour promouvoir leurs rappers, les STK accèdent à une reconnaissance plus étendue. En 1994 quatre de leur membres se font remarquer sur la compilation Ghetto Youth Progresss, leurs noms sont Kertra, Weedy, le T.I.N. et Delta. Ils appellent leur groupe Expression Direkt.

      Je tiens à préciser que je ne fais pas partie de ceux qui d’habitude utilisent le terme « racaille », un mot qui selon les bouches sonne de manière plus ou moins correcte… Mais dans un article concernant Expression Direkt, le mot « caillera » est une célébration, un label de qualité que l’on arbore et qu’on assume fièrement pour faire peur et choquer les vieux fachos. A la manière qu’ont les voyous de vanter leur nombre d’années à Fleury, pour Express’ D, être une caillera c’est une question de crédibilité et d’authenticité. En plus, à les entendre, « 3/4 ; costla ; caillera! » c’est le top de la classe dans le 78. Pour ma part je les découvre comme beaucoup avec Mon esprit part en couilles sur la B.O. du film de Kassovitz La Haine. A l’époque, leur son funky ne m’avait pas plus emballé que ça et je préférais de loin Mon esprit part fâché fâché en couilles, une version plus énervée que celle destinée à la radio-diffusion. Le titre était présent en quatre versions différentes sur leur maxi sorti en 1995. Cette même année j’achète aussi leur album Au bout du monde uniquement pour ce titre dont j’adorais l’instrumental, C’est du rekdi, un morceau plutôt ambigu, et qui me fait beaucoup moins rigoler maintenant que je ressens mieux le caractère abject des paroles évoquant les gang-bangs dans les caves des cités du Val Fourré.

      Ce que j’aimais chez eux, c’était leur style simple et accessible de lascars moyens, ils avaient ce côté anti-héros pas aimable auxquels on peux facilement s’identifier, des mecs médiocres et malveillants qui voulaient faire chier le monde. Mais dix ans après j’ai perdu la passion pour ce groupe, je m’aperçois maintenant sans grande surprise que très peu de leurs chansons me plaisent encore. Pour la plupart elles sont immatures et très basiques autant dans leurs thèmes que dans leur production musicale. Le cinéma d’action hollywoodien influence beaucoup trop les paroles, et malheureusement pour eux ça ne ressemble pas vraiment à des clins d’œil de cinéphiles mais plus à ce genre d’admiration niaise qu’ont les adolescents pour leurs idoles. Je n’étais pas parti pour écrire un pamphlet contre Expression Direkt, c’est un groupe que j’aime malgré ces petites déceptions, et on ne peut pas oublier leurs grands moments. Au lieu de continuer de les enfoncer, je vais plutôt vous laisser juger par vous-mêmes, avec leur meilleur clip.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #10 : Ministère A.M.E.R. – Traîtres

      Norman 14.02.09 00:15 hip-hop, musique

      J’ai choisi le Ministère A.M.E.R. pour la dixième place. « A.M.E.R. » pour Action, Musique Et Rap, nombreux sont ceux qui ne le savent pas, et pourtant c’est certainement l’un des groupes les plus célèbres et les plus hardcores du hip-hop français. Non, pas hardcore comme Kery James l’entend, ou dans le sens pornographique comme Tout simplement Noir le conçoit. Ce qui est hardcore avec le Ministère A.M.E.R., c’est la manière cynique et détaillée qu’ils ont de dépeindre Sarcelles, sa décrépitude, son trafic de drogue, ses habitants, ses dealers, ses camés, ses lascars et ses rates, immigrés pour la plupart, et le racisme qu’ils y subissent.

      L’ambiance pesante du ghetto au bord de l’implosion sociale est sonorisée avec justesse par DJ Ghetch, dont le style très particulier consiste à utiliser des beats lourds et saturés, qu’il mixe avec le son distordu de guitares électriques. D’habitude, ce genre d’expérimentation de mauvais goût me fait grincer des dents ; la fusion rap et rock n’a jamais eu d’autre intention que d’être simplement novatrice et populaire. Certaines choses ne sont pas faites pour exister, et je n’ai toujours pas compris ceux qui insistent encore. Mais avec DJ Ghetch c’est différent, l’utilisation de véritables instruments comme la dangereuse guitare électrique, n’est pas faite avec abus ni facilité. Étendre sur quatre minutes un rythme primaire, couvert d’une boucle de dix secondes de piano mal samplé, est à la portée du premier connard qui se prend pour un DJ. Les instrumentaux osés de DJ Ghetch sortent de l’ordinaire, mais n’ont rien de ridicule, il n’y a aucun décalage entre les paroles sinistres des MC’s et le son angoissant qui les accompagne.

      Le groupe se forme en 1989 et sort son premier maxi Traîtres deux ans plus tard. Les membres sont Stomy Bugsy, Passi, Hamed Daye, Kenzy et Doc Gyneco. Pour ceux qui n’auraient pas connu le Ministère A.M.E.R. avant qu’ils ne vendent tous corps et âmes, culs et bites aux charognes du rap business, il va être difficile de comprendre l’importance qu’avait, pour tout fan de hip-hop, la découverte du titre Sacrifice de Poulet, sorti en 1995 sur la B.O. de La Haine. La première fois que j’écoute la voix et surtout les paroles de Stomy, sur le coup c’est le choc, je n’ai jamais rien entendu d’aussi explicite et radical que cette apologie de la haine des flics, c’est un véritable cocktail molotov phonique qui leur a valu d’être poursuivis pour incitation à l’émeute ainsi que pour propos anti-blancs (comprendre : propos anti-France, mais comprendre surtout propos anti-pétainistes d’extrême droite, vieux et cons). A leur habitude, les journalistes et les politiques parlent sans savoir et sans essayer de comprendre. Je suis complètement accro à ce morceau.

      Dans la semaine qui suit, j’achète leur Intégrale double-CD Pourquoi tant de haine ? et 95200. La violence des lyrics est jouissive : « Aucune force d’état ne peut stopper une chienne en rut ; surtout pas quand c’est la putain d’une fille de brute ! C’est-à-dire d’un flic de pute ! Monique se fait culbuter ; Monique se fait sodomiser ; tout le monde dans le quartier n’a cessé de répéter j’ai shooté la fille du shérif…« . Nouveau choc, je kiffe encore plus : Brigitte femme de flic, un autre de leur morceaux censuré pour sa haine envers les agents de police. Il y a aussi Les cloches du Diable, et Je flirte avec le meurtre ou encore ce titre surprenant J’ai fait un rêve, dans lequel Stomy et Passi racontent leur cauchemar dans la peau d’un meurtrier raciste, à la manière d’un « Sarkozy, Martinez ou Poniatowski »… Je vais m’arrêter ici, ça ne servirait a rien de lister tout les vers choc des ces deux albums. Faites-moi confiance, oubliez tout ce que vous savez déjà sur les carrières solo radio et télé des membres du Ministère A.M.E.R., et écoutez absolument L’intégrale le plus vite possible.

      J’aurais tellement préféré les placer plus haut dans le classement mais le choix ne se restreint qu’au seul clip existant, Traîtres, tiré de l’album Pourquoi tant de haine sorti en 1992. Le morceau est très bon mais ce n’est pas celui que j’aurais aimé voir réalisé en vidéo, de plus la qualité est dégueulasse.

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      Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #11 : DJ Kheops ft. Psy 4 De La Rime – La fierté au sang + Sad Hill Impact

      Norman 12.02.09 00:15 hip-hop, musique

      « C’est la Psykatra de la rimiiiiiaaaaaa !!! lala ..! » Refrain simple mais qui s’avère foutrement efficace. Sad Hill Impact est à peu près le seul album de rap marseillais que j’écoute. Sorti en 2000, la production de DJ Kheops est de haute volée, c’est le genre de disque dont on ne se lassera jamais. Tout semble parfait, à la première écoute il est impossible d’imaginer qu’on puisse faire mieux. Un peu comme Heptagone d’ATK, ou Conçu pour durer de La Cliqua. Un album que l’on peut sans exagération qualifier de culte, et que beaucoup n’oublieront jamais. Comme je n’aime pas beaucoup IAM, ce ne serait pas intègre de poster leur meilleur clip, et de prétendre le contraire juste par démagogie. Je vous conseille tout de même de regarder Planète Mars que je ne connaissais pas avant la rédaction de ce post. Bien sûr j’ai pensé à La Saga, le fameux featuring avec Sunz of Man du Wu Tang Clan. C’est un bon titre mais le clip est tellement ridicule que je ne pouvais pas poster cette horreur qui ne gagnerait même pas un prix à l’édition 1991 d’Imagina. Je respecte beaucoup IAM, mais leurs court-métrages musicaux comico-dramatique sont très lourds, rester simple est une règle qui me semble incontournable pour un clip de rap.

      Alors pour la 11ème place j’ai pensé à ce double-clip de Psy 4 de la Rime tiré de Sadhill Impact. Ces deux vidéos ainsi que Tous veulent le succès, avec Arsenik, ont été réalisées pour se suivre. Ce n’est pas par faiblesse d’opinion que je n’ai pas tranché pour l’une des deux. D’ailleurs à l’époque de leur diffusion il n’était pas rare de les voir à la suite. J’adore ces deux clips. Ils me donnent envie de tout péter. On est super loin du temps gris de Paname, et de ses rappers graves et pessimistes (qui ne me donnent pas moins envie de tout péter… Mais sans fun, et dans le froid.) Les flows criards et agités des membres de la Psykatra illustrent très bien cette motivation révoltée propre aux mecs du Sud. Ils ont cette énergie positive et sincère qui file la patate. Le groupe, fondé en 1995 sous le nom de KDB, pour Kid Dog Black, est constitué de quatre membres : Soprano, Segnor Alonzo, Sya Styles et Don Vincenzo. Comme les Psy4 sont talentueux et potes avec la Fonky Family, les Sages Poètes de la Rue et Cut Killer, ils se produisent en première partie de concerts de ces derniers. Et très vite ils attirent l’attention de DJ Kheops qui trouve avec la Psykatra les MCs parfaits pour son ambitieux projet. Accessoirement, il fait aussi appel à Def Bond, dont on se souviendra seulement et malheureusement pour son tube débile Tu me plais sur la B.O. de Taxi, et quelques sons funk r’n'b qui n’ont rien de hip-hop. Aujourd’hui les Psy4 de la Rime vendent plus de 100 000 disques par album, mais leur cul semble intact. Même si je n’aime pas du tout leurs dernières productions, j’espère qu’ils tiendront toujours bon.

      Double dose de chaleur et de bonheur avec, en 11ème place, La fierté du sang et Sad Hill Impact.
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      DJ Kheops laisse tourner !
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        • Guilhem / 02.02.10La photo du mardi #31 : Olivier Roller (interview)
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        • Jordan / 30.12.09NaoWaxxWorld #09 : Féfé (Taorama is back, btw)
        • Jordan / 30.01.09On ne prend plus Jack Bauer au sérieux
        • catshrodinMaskime / 24.04.08Mort de Pascal Sevran : la contre-expertise
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        • Ne pas oublier cette sehr schöne parodie de Walter Moers (un mec très bien que j'ai personnellement connu au début des années 80 et qui a... fabou sur De l’humour pour le week-end avec Hitler
        • Ton article est vraiment à péter de rire pour qui a déjà visité Chatroulette. C'est exactement ça…excellent. apou10 sur Chatroulette : typologie à caractère préventif
        • à noter également, le tres bon petit clip de "give me" http://www.dailymotion.com/vid eo/xbbcxr_give-me-s… boukba sur Le live du samedi #39 : Skip The Use @ One Shot Not + NaoWaxxWorld
        • pour exemple, un article parmit les milliers sur le site: le vol Oceanic 815 http://fr.lostpedia.wikia.com/ wiki/Vol_815 noix2muskad sur Lost : le crash du vol 815 en temps réel
        • pour les perdus… ^^ allez sur LOSTpedia ! C'est la bible de lost, je ne peux plus m'en passer. ça permet de mieux comprendre, ainsi que de découvrir... noix2muskad sur Lost : le crash du vol 815 en temps réel
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