Gabe NevinsDans Paranoid Park, Gus Van Sant se penche sur l’esprit complexe d’un jeune skater empreint à la culpabilité d’un meurtre qu’il ne voulait pas commettre. Alex (Gabe Nevins), le personnage principal, fait du skate, passe le reste de son temps a rêver, a un visage d’ange, bref c’est un ado estampillé GVS. Un soir lors d’une virée à Paranoid Park (le skate parc des skate parcs !), il tue par inadvertance le gardien de nuit. L’esprit deja embué par ses soucis d’ados, avec sa copine nottament, Alex va en plus être pris par la peur et la culpabilité.

Paranoid Park est à peu de choses prés un Elephant du skate. Gus Van Sant réutilise le montage délinéarisé qu’il avait utilisé dans le film qui lui avait valu sa palme d’or. Or, là où dans Elephant cet effet servait à détacher des séquences afin de les isoler du drame qui allait se dérouler, cet effet de montage sert juste ici à camoufler un scenario un peu léger une fois remis dans l’ordre chronologique. Se citant lui-même, il nous refait presque plan pour plan certaines séquences dans le lycée (steadycam, ralentis et adolescent regardant au lointain). Hélas, quand Elephant creusait le fond d’un problème de société en essayant d’y apporter des éléments de réflexion, Paranoid Park se contente de traiter en surface le sujet de l’adolescence qui mériterait à mon avis de dire bien plus de choses. Malgré toutes ces critiques, je reconnais quand même à Van Sant sa direction d’acteur qui crée une authenticité et un naturel dans le jeu des adolescent.
Mais alors ! Pourquoi aller voir Paranoid Park, me diriez-vous. Et bien je ne vous répondrais qu’une seule chose : Christopher Doyle. En effet la vrai bonne idée de GVS est d’avoir fait appel au chef opérateur légendaire de Wong Kar Wai, l’homme le plus tendance du moment, j’ai nommé Chris Doyle. Sur ce film il frôle l’état de grâce, s’il ne l’atteint pas par moment. On pensait qu’il avait eu le temps de nous montrer l’étendue de ses inventions cinématographiques au court de sa faste période asiatique. C’était sous-estimer le bonhomme. Dans Paranoid Park, il s’éclate et ca se voit. Il titille sans arrêt la profondeur de champ, et les flous que provoque cette dernière, joue de ralentis et d’accélérés, s’il ne se contente pas tout simplement de faire une lumière des plus classes quand on lui demande la simplicité. Et fin du fin, sur une ou deux séquences, Monsieur joue à ouvrir et fermer le diaphragme pendant que la caméra tourne, pour un effet qui, en plus d’être esthétique, sert le propos. Poussant l’image du film au niveau d’art à part entière, Paranoïd Park mérite le detour pour sa photographie.
La force de Doyle, et on le constate encore ici, c’est qu’il n’impose jamais sa marque de fabrique à un réalisateur, mais utilise le style de celui-ci pour le sublimer. On attend la sortie de My Blueberry Nights pour constater ce que devient Wong Kar Wai sans lui, mais on peut d’ores et déjà dire que Chris Doyle se porte très bien en solo, et ce n’est pas Gus Van Sant qui me contredira !

Ce film donne l’impression que le style Van Sant est en train de s’essoufler. L’ambiance très poétique crée par l’image de Chris Doyle et par l’environnement sonore, permet de redonner un peu de vie a Paranoïd Park. Mais malgré tout pour un film sur les ados et le skate on (re-)regardera Wassup Rockers de Larry Clark.

Bande-annonce de Paranoid Park

Bande-annonce de Wassup Rockers

Bande annonce de My Blueberry Nights