A force d’attendre Marciac arrive le moment de prendre son courage et ses billets à deux mains pour filer vers le festival.
Arrivée vendredi, ciel maussade et un peu lourd. Le temps de poser ses valises, de prendre un verre de rosé et on file vers le concert d’ouverture. Hamilton de Holanda Quintet. Un concert sans éclat, probablement dû à des balances hasardeuses, une salle trop grande ou un quintet manquant de groove, voire les trois. Soirée placée sous le signe du Brésil, Caetano Veloso en seconde partie. Je me tâte mais on insiste pour que je reste, si c’est vraiment naze je m’échapperai après le deuxième morceau. Caetano arrive, seul avec sa guitare, je ravale mes doutes. Un concert tout en douceur, la voix suave du brésilien posée sur de légers accords bossa, rien d’agressif si ce n’est les applaudissements entre les morceaux contrastant avec la légèreté de la musique. Une incroyable version de Paloma plus tard, on repart dans la nuit gersoise, à la cool, l’esprit détendu.
Deuxième journée, levé midi, enchainé tout de suite avec le déjeuner et un verre de blanc, un peu rude mais il faut bien ça ! Petite après-midi au lac en attendant Herbie. Le soir, on arrive au chapiteau après un premier confit de canard un peu décevant. Paolo Fresu en première partie. A la pause on échange des impressions enjouées sur le concert. Le trompettiste italien a définitivement une sonorité proche de Miles, enchainant envolées et morceaux planants. Première anicroche avec le pauvre public de Marciac : outre le fait qu’ils ne peuvent s’empêcher d’applaudir mécaniquement entre les solos sans distinction de qualité, pourrissant les morceaux, ce cher public, à la recherche perpétuelle de la performance au profit de l’émotion transmise par les interprètes, n’a pu s’empêcher d’applaudir trois fois lors d’une note tenue un peu longtemps par Fresu. Mais je reviendrai plus tard sur les joies que nous procurent les spectateurs du festival.

Après la pause arrive Herbie. Premier morceau ultra-funky me met immédiatement dans une mood positive. Ensuite les choses se gâtent un peu avec l’arrivée de deux choristes. Le second morceau étant réservé à l’une d’entre elles, un peu mollassonne et sans grand intérêt, le troisième pour un duo me rappelant Tina Turner et les moments les plus obscurs des années 90. Je prie pour que nos nouvelles amies ne s’éternisent pas trop, de peur qu’Herbie retombe dans ses travers mainstream. Les choristes restent un peu, le temps quand même d’apprécier les solos du guitariste Lionel Lueke. Tout le monde s’en va sauf Dave Holland, qui nous offre le solo de contrebasse le plus mélodique que j’ai jamais entendu.
Revenons sur notre auditoire. La raison me laisserait penser que pour un solo de contrebasse il n’est nul besoin d’applaudir entre les solos, puisqu’il n’y en à qu’un. Erreur, je ne sais pas vraiment comment ni pourquoi mais ils ont trouvé le moyen de claper des mains, gâchant clairement l’interprétation du contrebassiste. Et c’est là le début d’un vrai divorce entre eux et moi. Herbie revient et décide de nous faire un solo de piano d’une bonne vingtaine de minutes. Solo manquant certes un peu de consistance pour une salle de 6000 places, mais était-ce une raison pour applaudir au bout de dix minutes afin de signifier au maître qu’il traine un peu en longueur ? Cela me conforte dans mon idée que le public de Marciac est composé de faux connaisseurs voulant montrer qu’il a tout entendu, un public manquant de respect envers les jazzmen, n’hésitant pas à discuter pendant les morceaux, à applaudir a tout rompre à la moindre performance, semblant attendre que le trompettiste jongle en jouant. Quant un chien vient à son tour interrompre le solo d’Herbie, rien ne va plus, je suis a deux doigts de quitter la salle. Mais heureusement l’artiste est là et son groove aura raison de ma colère. Cinq morceaux et trois rappels plus tard, je suis debout sur ma chaise, tout le monde danse, la vie est belle. « Les chaises c’est fait pour s’asseoir », me lance un placeur aigri. Je lui dit que j’avais cru l’espace de quelques minutes à un festival empreint d’esprit jazz, mais que de toute façon mes illusions s’étaient dissipées pendant le concert. Son regard absent montre qu’il n’a probablement pas tout saisi. Nous rentrons nous coucher et sifflotons Watermelon Man dans nos lits.
Le lendemain nous dormons une bonne partie de la journée, fatigués par dans d’émotions. Le concert du soir : Robin McKelle suivie de Bobby Mc Ferrin. Préférant à une chanteuse un peu fade ressemblant à tant d’autres une belle entrecôte et un gratin, nous sautons la première partie pour nous concentrer sur Bobby. Le vocaliste accompagné des deux musiciens fous du Polygraphe Lounge nous sert une partition a mi-chemin entre le skat et le beatbox. Du grand Mc Ferrin en somme, pour conclure cette première session de concerts.
On retiendra du gros son et un public insupportable. On fera avec pour les deux prochains concerts en fin de semaine.
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