La photo peut sembler simple et naïve, sans pour autant perdre ses charmes. Il suffit de pas grand chose, une fille, une lumière, un cadre… Et le tour est joué.
Roberto Faruggio est comme ça, photographe de la nouvelle génération, il assume forger sa culture visuelle sur Internet et shooter au numérique car c’est moins contraignant. Il ne crache cependant pas sur l’argentique et respecte une vraie éthique photographique. Dans cette photo du mardi de rentrée, Roberto nous raconte son parcours, sa photo.

Peux-tu commencer par nous dire qui tu es et d’où tu viens ?
Je suis étudiant au Pratt Institute de Brooklyn en Design Graphique. J’y ai récemment emménagé après avoir grandi à Washington D.C., et passé la plupart de mes étés dans une petite ville en Sicile d’où est originaire ma famille. C’est assez amusant de comparer mon parcours à celui de mon père qui s’était installé a Brooklyn arrivant de Sicile.

Quand as-tu commencé la photo et pourquoi ?
J’ai toujours été fasciné par la photographie, mais je pensais que c’était un fantasme jusqu’à cet été où j’ai réalisé combien j’aimais travailler avec ce médium. J’ai atteint un stade où j’aimerais constamment avoir avec moi une caméra. Il y a eu une série d’événements dans ma vie qui ne m’ont laissé aucun autre choix que de chercher des méthodes de me libérer par moi-même. Je veux photographier mes pensées, les émotions que je ressens et ne plus m’inquiéter de ce que les gens veulent voir. En ce sens, j’aime la photographie car il y est autant question de la perception du public que de la mienne, c’est ce qui m’a permis de garder une certaine stabilité.
Depuis que j’ai lancé mon site beaucoup de choses se sont passées. J’ai été contacté pour travailler avec l’agence suédoise Odelius, j’ai eu la chance de rencontrer David Lynch pour un portrait.

Sur ton site on voit différentes villes. Voyages-tu pour prendre des photos ou prends-tu des photos pendant tes voyages ?
Mon site en ce moment c’est mon été 2009. Mon intention au début était d’explorer des endroits du monde où je n’étais jamais allé, je ne pensais pas prendre des photos sérieusement. Maintenant que c’est une passion, je voyagerai plus pour shooter. D’ailleurs à partir du 6 janvier je vais entamer un road-trip aux États-Unis au départ de Seattle avec un ami. On prévoit de faire toute la côte Est et les états du Sud. Pour cet été je prévois aussi un voyage au Moyen-Orient. J’aimerais bien apporter un point de vue que peu d’Américains ont sur ces pays.

Tes séries sont très courtes (une ou deux images), pourquoi ?
Je pense que créer une série de photos peut conduire a une histoire plus homogène là où une image peut parfois être limitée. C’est précisément ce que je veux faire : créer une forme de narration qui reflète mes émotions et pensées. Ça doit être tout aussi excitant d’organiser les images, avec une citation, et faire qu’elles interagissent entre elles. Je prépare très peu mes séries, c’est beaucoup d’improvisation pendant la prise de vue.

Quels photographes t’inspirent ?
Mon père prenait des photos il y a longtemps et j’ai récemment mis la main sur des boites remplies de tirages. Je m’en suis formidablement inspiré. J’ai aussi beaucoup de respect pour les travaux de Tim Barber, Ryan McGynley, Luke Byrne, Andrea Galvani, Antonella Arismendi, Noah Kalina, Alec Soth, Richard Kern, Nobuyoshi Araki. J’accorde beaucoup d’importance aux Flickr et autres Tumblr.

Tu shootes avec quoi ?
J’ai un vieux Canon Canonet QL17 35mm souvent avec moi mais j’ai réalisé que j’avais beaucoup de films non développés. Les travaux sur mon site sont faits avec un Leica M8, c’est un boitier compact assez pratique pour les voyages et j’aime la façon avec laquelle il capture la lumière et la couleur. Je n’aime pas vraiment le débat entre argentique et numérique. Évidemment rien ne vaut le plaisir d’aller chercher son film au labo, de sentir la matière du film. Pour autant le numérique a une grande capacité de capture et permet d’essayer. Je pense que tout dépend de l’utilisation qu’on en fait et qu’au final le numérique est un outil de travail supplémentaire.

Pour finir, peux-tu nous parler de ton projet « All the Kids are Doing it » ?
ATKADI est un voyage visuel avec une sélection de photos que je prends au jour le jour. Je vais essayer de m’y tenir longtemps. Je pense que c’est simplement parce que je n’aime pas la façon avec laquelle Flickr présente les images et que je voulais quelque chose de plus minimaliste. Mon site n’est pas très différent, c’est juste qu’il est organisé en différentes catégories.