La photo du mardi #21 : Le Siècle du Jazz au quai Branly, putain d’expo de blancs !
Guilhem 09.06.09 23:40 expo, jazz, photoJe tiens tout d’abord à préciser à l’attention du lecteur qui ne m’aurait jamais vu, je suis blanc, voir pâle, blafard diront certains. Simple précision visant à écarter l’idée que ce titre serait un acte de militantisme communautaire.
Cent ans de jazz, osé ! Les mecs n’ont pas peur. Le Siècle du Jazz, c’est annoncé : l’exposition parlera de tout le jazz, de l’histoire du jazz, du jazz tout simplement. Erreur, échec, désarroi, déception, énervement, dépit : putain d’expo de blancs.
Reprenons l’expo par l’expo.
On entre dans des couloirs aux murs blancs tapis d’affiches et autre visuels sur le jazz. Le début du parcours c’est le début du jazz, 1917 selon eux. Jazz primaire, chantant, dansant, en forme d’excuse nationale auprès de tous les noirs qu’on a réduits en esclavage. Excuse en demi-teinte puisqu’au fond l’on se réjouit que le vil asservissement ait donné naissance à la meilleure musique du monde. On y apprend que jazz ne s’écrivait pas jazz au début, mais d’une façon dont le souvenir m’échappe. Le visiteur s’en étonne, l’amateur s’en fout ! Montrez le jazz à un imbécile, l’imbécile sourit bêtement et passe son chemin.
On continue d’alcôve en alcôve. Ragtime, Harlem Jazz, Bop, Hard-Bop, Free, Cool… On brasse, des textes de trois lignes tentent tant bien que mal d’expliquer chaque genre. S’en suit pour chacun des photos ou autres affiches. Aucun nom n’est mis en avant, pas même les plus attendus. Pas de Coltrane pour le Hard-Pop, de Coleman pour le Free. Aucune figure du jazz mise en exergue, pas de Miles, Chet, Paul, John, Duke, Billie, personne. L’absence est là, cruelle.
Une expo sur le jazz sans son, c’est horrible. Ils le savent et ne se sont pas privés d’orner chaque étape de minuscules enceintes qui, à défaut de nous faire écouter de la musique, crachent sans basse une sélection ultra aléatoire de morceaux censés représenter leur genre. Le silence ou une cacophonie random, mon cœur ne balance pas.
Comble de la connerie, un endroit nous propose de regarder des vinyles sous plastique. Des vinyles sous plastiques ! Oh non, pas l’ombre de pochettes célèbres, des plus belles pièces que l’art de la couverture d’album ait pu nous offrir. Rien de tout cela. De simple choix arbitraires piochés dans une discothèque des plus mainstream et banales, tout juste de quoi faire bander le spectateur de France2. Des vinyles sous plastique. Le seul désir que m’inspire cette vision serait celui de les arracher, les faire tourner frénétiquement sur une platine, le son à faire saigner ses tympans, que chaque visiteur comprenne que le jazz est à des millénaires de leurs idées préconçues. Des vinyles sous plastique, c’est faire de l’endroit un herbier du jazz. Un herbier, passion obscure ne permettant qu’un archivage, une classification de la plante. A aucun moment l’herbier permet de la sentir ou de la voir évoluer dans son environnement. Mettre de la musique sous plastique est tout aussi con !
Expo de blancs, murs blancs, ambiance aseptisée. Le blanc a peur du jazz, du vrai. La transpiration lui fait horreur. L’idée qu’une musique puisse le désincarner l’effraie. Le blanc écoute Diana Krall et se gargarise du creux musical, pour lui le jazz c’est une bonne musique d’ambiance. Il n’entend pas ce que lui raconte le jazz, ce qu’il se raconte en l’écoutant. Il préfère le jazz polissé, loin de la fumée du club, des seringues de Stan Getz. Le touriste peut errer en paix, le jazz n’est certainement pas là.
Mettre le jazz au musée, c’est le tuer.
Non, le parcours n’est pas totalement vide. Une affiche de Picabia, une photo de Jeff Wall, quelques œuvres de Dubuffet sauvent l’esprit.
Morne visite du dimanche après-midi, familles qui n’ont jamais mis les pieds dans un club de jazz observant ce qu’ils pensent être le beau cadavre d’une musique morte. Entendu à la sortie : « Tiens, j’ai oublié de prendre un parapluie ». Ils ont fait leur B.A. culturelle du mois, en parleront au bureau lundi, sans même avoir saisi le sens profond de l’improvisation. On sort de cet endroit comme on y est entré, et c’est bien ça le problème.
« A quoi tu t’attendais ? » m’a t-on demandé. A pas grand chose, à écouter du jazz ? A toucher du doigt le swing, le blues, le groove. A sentir la drogue et l’alcool. Un peu plus simplement, à trouver de vraies installations dédiées à une écoute parfaite de certains morceaux fondateurs. A voir des archives incroyables remontant au blues ou aux premières impros. A voir des sessions d’enregistrement inconnues, des rencontres entre géants. Au lieu de ça j’ai vu Josephine Baker et Fred Astaire. Putain d’expo de blancs !
Au sortir de ce drame, il me fallait reprendre mes esprits. Il me fallait du jazz, du vrai. Du jazz testiculaire, utérin, vaginal. Du jazz qui sue, qui crie, qui hurle, qui bande et mouille. Il me fallait du Coltrane, du Jarrett. Desmond et Baker étaient trop faibles à ce stade critique dans lequel Branly m’avait mis. Il me fallait Ornette ou Braxton. C’est dans mes souvenirs un de ceux-là qui m’a remis d’aplomb après cet abjecte art session que je m’étais imposée.
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Critiques pas le concept de l herbier comme ca Guim ! apres on est d accord c’est toujours mieux d aller ramasser des champignons dans la foret !
Commentaire par boukba — 11 juin 2009 @ 15 h 35 min