Mélodie du colon
Jordan 18.01.06 12:28 IsraëlAujourd’hui j’ai vu Hébron. C’est l’une des plus anciennes villes du Moyen-Orient. Proche d’elle se trouve le Tombeau des Patriarches, où selon les Juifs sont enterrés Abraham, Sarah, Isaac, Rebekah, Jacob, et Leah. Ce tombeau est sacré, pour les Juifs comme pour les Musulmans. 150 000 Arabes et 500 colons vivent à Hébron. Ces derniers barricadent les zones occupées.
Pour se rendre à son salon de coiffure en centre-ville, Hanah Abu Haikal mettait 2mn en voiture. Depuis que des colons habitent sa rue, elle n’a plus le droit de s’y garer. Pour rentrer chez elle, il faut faire un détour de 5km. Elle doit ensuite marcher 300m. Aujourd’hui il pleut, le terrain est boueux. Sur le chemin les oliviers sont noirs, empoisonnés par les colons. Le calvaire continue à l’intérieur de la maison : il est interdit d’ouvrir les volets qui donnent sur la rue et la petite base militaire construite en face. Les impacts de balle dans le mur invitent à ne pas rester trop longtemps près des fenêtres. La terrasse est grillagée, à cause des jets de pierre.
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Hanah se remémore la beauté de son quartier, aujourd’hui déserté. Pour certaines maisons, dans des zones plus habitées, il faut utiliser une échelle pour accéder aux fenêtres côté cour et rentrer chez soi.
Depuis 1997, huit familles ont investi des échoppes du marché d’Avraham Avinu et s’y sont installées. Parmi elles, Tzipi Shlissel et ses dix enfants. Elle a 40 ans. Son père, le rabbin Schlomo Ra’anan, s’est fait assassiner par un terroriste du Hamas en 1998. Elle a voulu revenir habiter ici. On connaît la chanson, mais on écoute sa mélodie, en espérant qu’elle ne soit pas héréditaire.
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David Wilder, porte-paroles de la communauté juive d’Hébron, a l’argumentation moins divine. Il nous conte dans sa barbe l’histoire du quartier.
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Il ne peut pas comprendre que les Juifs abandonnent ces terres à leurs « ennemis ». Mais Kadima, le parti fondé par Ariel Sharon, a selon lui viré extrêmement à gauche. Sans compter que le Procureur général Meni Mazouz, d’extrême gauche lui aussi (!), n’aime pas les colons et agit au nom de son idéologie, ce que David trouve regrettable. De chaque côté, les arguments fusent, historiques, archéologiques, juridiques. Ici retrouvés une presse à olives et un hammam antique, là découvertes les fondations de la maison d’un rabbin. Ici l’on invoque deux injonctions de la Cour suprême israélienne interdisant aux colons de construire, là un comité de trois juges ayant déterminé la propriété juive du quartier.
Le gouvernement israélien a ordonné l’expulsion des colons. Des extrémistes, dont certains contraints de quitter la bande de Gaza cet été, sont venus soutenir leurs frères. Très jeunes, très violents, ils ont affronté la valse des forces de police et de défense israéliennes. Un soldat a été blessé. Elle fait mal au bidas la mélodie du colon (désolé).
Lundi, l’armée déclarait le quartier juif « zone militaire fermée ». Pour Hanah, ce n’est que de la communication. Si les Israéliens voulaient le retrait, les colonies seraient évacuées en une journée. Ils savent se servir de leurs bulldozers. Et s’ils ont tant le goût de la démocratie, ils lui donneraient le droit de se garer devant chez elle.
Jeudi, Tzipi Shlissel était expulsée, son bébé dans les bras.
Cette ville déchirée, les conditions de vie de ces familles arabes, l’embrigadement de ces colons, au sens propre comme au figuré, sont un spectacle surréaliste. De part et d’autre l’on a le sentiment d’être dans une « pièce de théâtre ». Le tragique ne nous avait pas échappé. Alors pour une note qui détonne de la triste mélodie, et dans un ton qui dénote un brin d’ironie, une touche d’étymologie : « Hébron » jadis voulait dire « ami ».
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