Je pense ne surprendre personne avec l’arrivée d’NTM dans ce classement, tout simplement le groupe le plus célèbre de l’histoire du hip-hop français, et pourtant ce n’est pas le plus corrompu. Une preuve, finalement, que la sincérité et l’ancienneté paient encore, même dans les milieux artistiques les plus gangrénés. Le choix pour le clip en seconde place s’est joué entre Qu’est ce qu’on attend et Tout n’est pas si facile, deux morceaux extraits de leur meilleur album Paris Sous les bombes sorti en 1995, sur lequel figure aussi le célèbre hit La fièvre avec la participation de Clyde le DJ d’Assassin, ou encore le morceau devenu culte en featuring avec Nas : Seine Saint Denis Style, un remix d’Affirmative Action. Étant donné la conjoncture actuelle, je pense que l’heure n’est plus à la nostalgie ni aux regrets mais à l’insurrection. Je doute que Kool Shen et Joey Starr soient aussi vindicatifs aujourd’hui qu’ils ont pu l’être lorsque ils retournaient les bas fonds de Paname et saccageaient les biens publics avec les premiers graffeurs de la capitale. Après tout on s’en fout, s’ils veulent vivre à jamais comme des héros figés dans l’image qu’avait d’eux le public lorsqu’ils pesaient encore, c’est leur problème.

On est au courant, « tout n’est pas si facile tout ne tient qu’à un fil… ». C’est effectivement bien triste, la culture hip-hop n’existe plus telle qu’ils l’ont connue, et je trouve normal qu’ils le déplorent, mais ce morceau a été écrit il y a plus de dix ans, Shen et Joey semblaient alors moins dociles et faisaient référence à des souvenirs datant eux même de dix ans auparavant… Cela fait donc vingt ans de décalage. La nostalgie, à force, ça rend con et défaitiste. En plus, NTM a fini par se laisser flotter au gré du courant commercial comme tout le monde. Alors je ne leur ferai pas l’honneur de les faire passer pour des purs et durs, parce qu’aujourd’hui leur combat pour le hip-hop et leur lutte sociale n’a plus aucune valeur.

En revanche, leur message avec Qu’est ce qu’on attend, aussi simpliste soit-il, restera toujours d’actualité. Et même si il y a une certaine ironie à réécouter ce titre, c’est un peu comme la Marseillaise, chacun y entend un peu ce qu’il veut. Il est clair, maintenant, que nous avons tous beaucoup trop attendu ; c’est bien beau de parler ou d’écouter, mais si rien ne suit alors à quoi bon. Si les artistes engagés n’ont pas les couilles de suivre leur voie radicale, ça n’est pas si grave finalement, il y en aura toujours d’autres plus avisés et peut-être plus fiables aussi, qui sait ? Mais alors si les auditeurs eux non plus n’ont pas les couilles de suivre leurs envies et opinions, en l’occurrence ici celles de s’élever explicitement contre le pouvoir et de clamer ses droits à être entendu et reconnu, nous sommes perdus.

Rien ne me surprend ni ne me choque vraiment, surtout pas à un niveau d’engagement aussi superficiel que celui d’NTM. Mais je suis quand même un peu déçu lorsque je découvre, une fois encore, que toutes ces belles intentions n’étaient qu’un phénomène de mode, et que les anciens fans d’NTM sont devenus les victimes de l’oppression intellectuelle exercée par l’État, les médias et la culture de masse qu’ils ont un jour rejetés si allègrement. Vous l’avez sans doute noté, la rédaction de ce billet semble m’avoir guéri de ma nostalgie pathologique du hip-hop. Ça devenait pesant. J’ai adoré le rap, mais les raisons pour lesquelles je recherchais le message de rappeurs tel qu’NTM ont disparu. Ne m’en voulez donc pas si je ne développe pas plus mon avis sur le son et la carrière d’NTM, ce sont des informations que vous trouverez facilement sur le net. Mais n’ayez crainte, je vous réserve tout de même un numéro un digne d’une véritable conclusion à ce voyage dans les temps révolus du real hip-hop.

J’espère que le clip de Qu’est ce qu’on attend viendra regonfler cette ardeur de rébellion que tout le monde semble avoir enfouie si profondément de nos jours.
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Je m’excuse, je n’ai pas pu trouvé de version non-censurée de ce clip, pour ceux qui ne connaîtraient encore pas ces fameuses paroles, en voici les parties bipées.
« Pour que notre jeunesse d’une main vengeresse brûle l’état policier en premier et envoie la république brûler au même bûcher« , »Allons à l’Elysée, brûler les vieux et les vieilles, faut bien qu’un jour ils payent ! »