Ce matin nous sommes partis à 7h chercher la « fixer » palestinienne de Manon, qui nous a emmenés dans un village arabe de Jérusalem-Est pour assister à l’égorgement d’un mouton, comme le veut la tradition de l’Aïd Al-Adha. A 500m de l’hôtel Hyatt, les Palestiniens vivent dans un décor bien plus tiers-monde, les maisons sont délabrées, les routes défoncées, certaines tout simplement barrées par de gros blocs de béton. Nous sommes allés chez le le moktar d’Issawiya, qui vend des moutons et porte la dague dorée à la ceinture. Ce n’est pas celle-ci mais un grand couteau qu’il utilise pour l’égorgement.

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Nous avons bu le thé d’hiver à la sauge, délicieux, et mangé des pâtisseries un peu épicées pour le matin ! Manon et sa traductrice ont interviewé le chef, sa femme et des clients. L’un d’entre eux a chaleureusement souhaité à Sharon qu’il souffre pendant 10 ans sur son lit d’hôpital avant de mourir… La communauté est pourtant modérée mais certains ne veulent voter que pour des religieux car la religion est leur seul référent, et s’il n’y a pas de candidat islamiste, ils ne voteront pas. C’est assez inquiétant. La traductrice parie que les élections n’auront pas lieu à cause des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa (branche armée du Fatah), qui craignent un résultat favorable au Hamas. Le regard de tous est très lucide, ils souffrent de l’oppression quotidienne et ont, bien plus que le goût de la vengeance, le désir de la paix. Ils ne condamnent pas les attentats car le fanatisme est à leurs yeux une conséquence inéluctable de cette situation. Le chef a conclu en disant qu’il voulait être optimiste et que malgré tout, ils vivaient sur leurs terres après avoir combattu 6 pays !

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Ce midi j’ai pu me promener dans la vieille ville, visiter le Saint-Sépulcre et assister à une messe copte, dans une minuscule chapelle qui se trouve à l’intérieur.

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On ne peut être qu’époustouflé par l’architecture, ce dédale de ruelles que parcourut Jésus, sa croix sur le dos. Je me suis fait bousculer par une religieuse qui psalmodiait dans le tombeau du Christ. Les représentants de chaque confession se promènent dans leurs costumes traditionnels… mais répondent à leur portable dans l’église ! Des Palestiniens en gardent la clé, car les religieux se tapaient dessus, le plan des possessions à l’intérieur du Saint-Sépulcre ne précisant pas à qui revient la porte… Je n’avais pas le temps d’aller au Dôme ni au Mur, mais j’ai vu ce dernier au travers de barbelés, en arrivant par les ruelles qui le surplombent. Une première vision lourde de sens ! Je me suis senti un peu mal à l’aise. Toute cette beauté ne symbolise plus l’amour entre les hommes depuis longtemps. Et je ne parle même pas des groupes de jeunes soldats armés jusqu’aux dents, des échoppes qui vendent toutes des casquettes de l’armée, des t-shirts arborant des avions de chasse aux couleurs du pays et clamant « America don’t worry, Israel is behind you« , et des vendeurs qui harcèlent véritablement pour les vendre. Comme à New York, je suis un peu pauvre en qualificatifs quand il s’agit des grandes villes du monde, mais tout cela est vraiment surréaliste : la prospérité d’une partie des Israéliens et la misère des Arabes, tous ces fanatiques se déchirant pour quelques mètres carré, ce chantier permanent, entre fouilles archéologiques servant à justifier l’occupation, destructions de maisons palestiniennes et constructions sauvages de colonies… Au milieu d’habitations arabes, un mirador entouré de barrières électriques : ce sont des Israéliens qui, masqués par des sociétés écran, ont réussi à acheter un lopin de terre. Toujours ça de gagné… Tellement de haine au milieu de ce décor historique incroyable. Je savais que je ne trouverais pas la foi en Dieu à Jérusalem, je n’imaginais pas que la ville sainte fasse tant douter de sa foi en l’Homme. Heureusement le sourire des Palestiniens rencontrés ce matin, celui de leurs enfants, l’espoir qui les anime, prêchent vigoureusement pour une religion qui me sied mieux : l’humanisme ! La réflexion est naïve, mais j’ai l’ignorance modeste : nul besoin de barbelés pour la protéger…