The Pogues à la Brixton Academy : les légendes increvables
Norman 28.12.07 23:47 live, musique, spectacle, UKCe 18 décembre dernier les Pogues ont, comme en chaque fin d’année, pris d’abordage la célèbre Brixton Academy de Londres pour y donner leur fameux concert de Noël. L’événement, devenu tradition depuis la reformation du groupe, a plus des allures de bacchanale tout-public que celles de simple performance musicale. Initialement nommé Pogue Mahone, titre inspiré par la transcription anglaise de l’expression « Póg mo thóin ! » qui signifie littéralement « embrasse moi le cul » en Gaëlique irlandais, le groupe The Pogues a été formé dans les rues de Londres en 1982 par Shane McGowan au chant et Bodhran, Jim Fearnley à l’accordéon et Spider Stacy à la flûte. Influencé, entre autres, par les Sex Pistols et les Clash, le trio se détache vite des tendances musicales rock de l’époque pour innover et revenir à une musique plus folklorique, mais pas moins moderne. Entre punk-rock dégingandé, chansons à boire et ballades irlandaises, la formation se construit une identité originale. Rapidement rejoint par Jeremy Finer (guitare/banjo), Cait O’Riordan (basse) et Andrew Ranken (percussions & harmonica), les Pogues, déjà réputés des pubs londoniens, se font connaître du grand public en 1984 lors de la tournée des Clash dont ils assurent la première partie. Après s’être séparés en 1992 en raison des errances de plus en plus incontrôlables de Shane, le groupe se reforme au complet en 2001 en hommage à leur amie et chanteuse Kirsty MacColl, décédée le 18 décembre de l’année précédente.
Shane a fêté son cinquantième anniversaire il y a deux semaines à Londres, il n’a peut-être plus toutes ses dents mais a su garder sa voix si singulière et son charisme hypnotisant. En meilleure santé qu’il ne le fut un temps, le chanteur a l’air plus serein que jamais, et va bien. Peu importe qu’il ait besoin des paroles, ou bien même qu’il puisse oublier l’espace d’un instant le titre du mélancolique Summer in Siam. Ce ne sont que des détails anecdotiques et sans incidence sur la qualité du concert. Rien qui ne surprenne beaucoup le véritable public des Pogues, lassé depuis toujours des débats voyeuristes et inutiles focalisés sur les « problèmes » entre Shane, l’alcool et certaines drogues illégales. Le sujet est éculé et ne suscite de l’intérêt que chez les polémistes aphones et incultes, bien trop moroses pour daigner regarder au-delà du simple alcoolique à la gueule cassée.
Ce soir là, fans anti-impérialistes des premières années côtoyaient jeunes passablement motivés, punks déchirés torse-nu et familles sagement assises au balcon, à l’écart des effluves tièdes de sueur et de Guinness. Après un contretemps de 20mn dû a un pédalier de guitare noyé sous une pinte de bière qu’a maladroitement jeté un fan un peu trop enthousiaste, Shane arrive enfin sur scène en marmonnant nonchalamment en gaëlique, “Shgot an gho minda” – faut que j’aille pisser -, puis commence le concert dans la joie et l’ébriété par un Streams of Whiskey entrainant. L’assistance joyeuse sautille de manière frénétique et entonne les paroles, qu’elle semble mieux connaître que leur propre auteur. Le concert se déroule agréablement bien. Shane, courtois, ne s’est éclipsé que trois fois en coulisses, juste l’espace d’un morceau, dont, entre autres, l’étrange interprétation de Dark Streets par Spider Stacy. Malgré quelques regrets, notamment la cruelle absence de The Band played waltzing Mathilda ou bien l’instrumental rageur des Wild Cats of Kilkenny, la setlist était comme à son habitude remplie et complète. Le concert se terminera dans les hurlements et l’agitation par The Sickbed of Cuchulainn. Mais ce serait sans compter sur un magistral rappel bien sûr, en compagnie de la jeune Emma Finer qui interprétera Fairytale of New York en souvenir de Kirsty MacColl. Sous une pluie abondante de fausse neige, Emma et Shane valsent, et le public est ému. Dans un dernier sursaut de lucidité, le groupe termine le concert pour de bon par Fiesta et part sous les remerciements et applaudissements.
Ce soir-là, donc, à la Brixton Academy, les Pogues étaient plus en forme que jamais, et tout laisse à penser qu’ils ont encore quelques belles années devant eux. Les fans et moins fans sortaient comblés de cette exténuante Fiesta, et l’on pouvait ressentir, dans l’atmosphère apaisée de fin de concert, cette envie générale de vouloir y retourner le plus tôt possible.
Albums conseillés : Rhum Sodomy & The Lash et Across The Broad Atlantic Live On St Paddy’s Day.
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