Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #07 : Ideal J Junior – Danse avec moi
Norman 20.02.09 17:25 hip-hop, musiqueEn septième place, j’espère vous combler avec cette vidéo que l’on diffuse trop rarement, après les jumeaux gued1, voici venir les plus jeunes rappers du classement. En effet, les deux MCs Daddy Kery et Alter n’ont pas plus de quatorze ans, mais ne vous laissez pas attendrir par leur jeune âge, car leur message n’a rien d’une comptine et s’avère être des plus solennels. Il faut bien comprendre que je n’ai pas choisi ce clip parce que je trouvais amusant ou même adorable la simple idée de voir des gamins rapper avec une voix fluette et singer les plus grands lorsqu’ils parlent de problèmes liés à notre société. Ideal J Junior, ce n’est pas l’école des fans du ghetto. La qualité des deux seuls et uniques morceaux de ce groupe n’a rien de dérisoire face à de célèbres titres comme Esclave de votre société d’Assassin ou encore Authentik d’NTM. Le groupe, fondé en 1989 sous la tutelle de Manu Key, est composé de quatre membres, Lil Jahson, Alter, Mista Flo, DJ Medhi et Daddy Kery que le public connait mieux aujourd’hui sous le blaze de Kery James. Malgré leur jeunesse, le groupe fait preuve d’un sens de l’engagement politique plutôt lucide, et ils l’expriment avec une radicalité rare pour des adolescents. Sur leur autre titre La vie est brutale, sorti en 1992, Daddy Kery décrit déjà de la façon hardcore qui le caractérise la peine et la haine que provoquent chez lui la déchéance sociale des citées françaises, et la passivité du gouvernement face aux appels au secours de ses habitants.
Kery n’a depuis jamais perdu de vue ses objectifs en tant que porte-parole de la banlieue, mais lorsqu’il revient en 1996 avec Original MCs sur une mission, le ton s’est endurci et la détermination toute fraîche d’Ideal J Jr a laissé place au pessimisme amer d’un Kery James adulte. Le style est plus assuré, les paroles sont plus crues, le message se veut simple et clair, on oublie la fantaisie et le flow tonitruant du rap 80′s, les instrumentaux mieux élaborés sont plus graves, mais les intentions restent les mêmes. Bref, Ideal J n’a plus du tout envie de rire. Le titre que je préfère, Je dois faire du cash, est le fruit d’une rage pure et sincère de caillera prête à partir au combat. J’aime beaucoup ce morceau que je trouve vraiment prenant d’honnêteté, et qui marque le retour d’un Kery mature, mais glacial : « Nouvelle année, nouvelle ère, nouvelle réalité, le fric contrôle le monde et dans le ghetto beaucoup de salauds sont armés« . Le flow efficace des formules angoissées de Kery s’accorde en parfaite harmonie à l’instrumental mélancolique de DJ Medhi. Ce disque est une des raisons pour laquelle j’aime et respecte Kery en plus de sa carrière avec les Ideal J Jr. Si vous ne connaissez pas encore cet album, je vous conseille vivement de vous le procurer, que vous soyez fan ou nom de Kery.
Cette dévotion corps et âme aux causes qui le concernent, force définitivement le respect, mais peut aussi effrayer lorsqu’on en observe les dérives. Quand le radicalisme se transforme en désespoir, généralement cela augure un basculement vers l’extrémisme, ce qui finit malheureusement par arriver à Kery James. Suite à la mort de l’un de ses amis proches et certainement à d’autres évènements traumatisants que je ne connais pas, Kery laisse à nouveau le rap de côté pour se convertir à l’islam. C’est à ce moment là que les intentions et le discours changent, et pour ma part c’est à ce moment que je cesse d’admirer Ideal J. Cette illumination soudaine lui enlève sensiblement sa liberté intellectuelle, et pourtant c’est une stabilité idéologique qui me paraît cruciale pour le porte-parole de types déjà confus et énervés. Lorsque Kery raconte le ghetto français en 1996, on reste dans le cadre d’un message social collectif, en revanche, lorsqu’il condamne les pédés dans Paname et le dévergondage des femmes en 1999, on se retrouve dans le cadre d’une propagande religieuse raciste et conservatrice qui, par définition, n’est plus un combat pour changer le monde, et encore moins une digne lutte pour la justice et les droits des individus opprimés. En plus de son objectivité idéologique, la religion a aussi étouffé le peu de passion et de créativité qui subsistait chez lui. Ses constantes allusions au Diable, à l’enfer, au Jugement Dernier, à l’Apocalypse, et aux nombreuses autres catastrophes divines les plus absurdes sont faites avec un premier degré qui d’abord peut faire rire, mais ensuite vomir et finalement carrément flipper. Lorsque j’écoute certaines de ses récentes productions, je ne reconnais plus vraiment le Kery que j’écoutais lorsque j’étais minot, mais un fanatique dépressif qu’on a lobotomisé, et qui rappe par réflexe de survie et non plus par conviction personnelle. Ce qui me déçoit le plus, c’est qu’avant qu’il ne donne son cerveau à Dieu, ses similitudes avec Assassin étaient nombreuses. Kery James avait ce style cinglant qui me rappelait un peu celui de Rockin Squat, cette même sévérité, et cette façon très sérieuse d’appréhender le hip-hop comme un moyen de protestation crucial pour instruire et faire bouger leur public. Comme Rockin Squat, Kery James semblait conscient de l’influence qu’avaient ses textes sur ses auditeurs, il en acceptait la responsabilité. Bref, initialement leurs objectifs étaient communs et laissaient augurer une carrière intéressante pour Ideal J qui malencontreusement a préféré s’abaisser à respecter des lois préhistoriques et à lutter seulement pour son propre camp. Ideal J est un immense groupe de rap au potentiel gâché, je n’oublierai jamais Original MCs sur une mission et leur brève carrière dans Ideal J Junior. Dont voici tout de suite leur seul clip, Danse avec moi.
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Über-classe, le son comme l’article :)
Commentaire by Jordan — 20 février 2009 @ 18 h 46 min