En neuvième place j’ai pensé que cela vous ferait plaisir de revoir un clip indispensable à un classement de rap français digne de ce nom. Planquez vos barrettes de teuchi, voici : Mon esprit part en couilles. Le morceau grâce auquel quatre anciennes crapules de la bande des Soul Terrifik Kidz sont devenus l’un des groupes phares de la scène hip-hop radical. Pour ceux qui seraient largués, la bande des STK se forme en 1986, la plupart de ses membres sont originaires de Mantes-la-Jolie, et regroupe des graffeurs, des breakers, et des MCs, tous adeptes de la chasse aux skins et de la musique soul funk des soirées Zulus organisées au centre de la capitale. Leur réputation est sulfureuse et comme d’habitude le crew est bêtement réduit à l’étiquette de simples racailles par les médias, qui ne le mentionnent que pour leurs déboires avec la justice ; on les accuse de violence, dégradations, vol et deal. Mais pour les connaisseurs avisés ça n’est qu’un détail face à la véritable raison pour laquelle les STK sont respectés : leurs actions sociales et évènements publics divers ont joué un rôle important pour l’avancement de la culture naissante du hip-hop en France. A force de concerts et de passages radio pour promouvoir leurs rappers, les STK accèdent à une reconnaissance plus étendue. En 1994 quatre de leur membres se font remarquer sur la compilation Ghetto Youth Progresss, leurs noms sont Kertra, Weedy, le T.I.N. et Delta. Ils appellent leur groupe Expression Direkt.

Je tiens à préciser que je ne fais pas partie de ceux qui d’habitude utilisent le terme « racaille », un mot qui selon les bouches sonne de manière plus ou moins correcte… Mais dans un article concernant Expression Direkt, le mot « caillera » est une célébration, un label de qualité que l’on arbore et qu’on assume fièrement pour faire peur et choquer les vieux fachos. A la manière qu’ont les voyous de vanter leur nombre d’années à Fleury, pour Express’ D, être une caillera c’est une question de crédibilité et d’authenticité. En plus, à les entendre, « 3/4 ; costla ; caillera! » c’est le top de la classe dans le 78. Pour ma part je les découvre comme beaucoup avec Mon esprit part en couilles sur la B.O. du film de Kassovitz La Haine. A l’époque, leur son funky ne m’avait pas plus emballé que ça et je préférais de loin Mon esprit part fâché fâché en couilles, une version plus énervée que celle destinée à la radio-diffusion. Le titre était présent en quatre versions différentes sur leur maxi sorti en 1995. Cette même année j’achète aussi leur album Au bout du monde uniquement pour ce titre dont j’adorais l’instrumental, C’est du rekdi, un morceau plutôt ambigu, et qui me fait beaucoup moins rigoler maintenant que je ressens mieux le caractère abject des paroles évoquant les gang-bangs dans les caves des cités du Val Fourré.

Ce que j’aimais chez eux, c’était leur style simple et accessible de lascars moyens, ils avaient ce côté anti-héros pas aimable auxquels on peux facilement s’identifier, des mecs médiocres et malveillants qui voulaient faire chier le monde. Mais dix ans après j’ai perdu la passion pour ce groupe, je m’aperçois maintenant sans grande surprise que très peu de leurs chansons me plaisent encore. Pour la plupart elles sont immatures et très basiques autant dans leurs thèmes que dans leur production musicale. Le cinéma d’action hollywoodien influence beaucoup trop les paroles, et malheureusement pour eux ça ne ressemble pas vraiment à des clins d’œil de cinéphiles mais plus à ce genre d’admiration niaise qu’ont les adolescents pour leurs idoles. Je n’étais pas parti pour écrire un pamphlet contre Expression Direkt, c’est un groupe que j’aime malgré ces petites déceptions, et on ne peut pas oublier leurs grands moments. Au lieu de continuer de les enfoncer, je vais plutôt vous laisser juger par vous-mêmes, avec leur meilleur clip.

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