Le Top 15 des meilleurs clips de rap français #10 : Ministère A.M.E.R. – Traîtres
Norman 14.02.09 00:15 hip-hop, musiqueJ’ai choisi le Ministère A.M.E.R. pour la dixième place. « A.M.E.R. » pour Action, Musique Et Rap, nombreux sont ceux qui ne le savent pas, et pourtant c’est certainement l’un des groupes les plus célèbres et les plus hardcores du hip-hop français. Non, pas hardcore comme Kery James l’entend, ou dans le sens pornographique comme Tout simplement Noir le conçoit. Ce qui est hardcore avec le Ministère A.M.E.R., c’est la manière cynique et détaillée qu’ils ont de dépeindre Sarcelles, sa décrépitude, son trafic de drogue, ses habitants, ses dealers, ses camés, ses lascars et ses rates, immigrés pour la plupart, et le racisme qu’ils y subissent.
L’ambiance pesante du ghetto au bord de l’implosion sociale est sonorisée avec justesse par DJ Ghetch, dont le style très particulier consiste à utiliser des beats lourds et saturés, qu’il mixe avec le son distordu de guitares électriques. D’habitude, ce genre d’expérimentation de mauvais goût me fait grincer des dents ; la fusion rap et rock n’a jamais eu d’autre intention que d’être simplement novatrice et populaire. Certaines choses ne sont pas faites pour exister, et je n’ai toujours pas compris ceux qui insistent encore. Mais avec DJ Ghetch c’est différent, l’utilisation de véritables instruments comme la dangereuse guitare électrique, n’est pas faite avec abus ni facilité. Étendre sur quatre minutes un rythme primaire, couvert d’une boucle de dix secondes de piano mal samplé, est à la portée du premier connard qui se prend pour un DJ. Les instrumentaux osés de DJ Ghetch sortent de l’ordinaire, mais n’ont rien de ridicule, il n’y a aucun décalage entre les paroles sinistres des MC’s et le son angoissant qui les accompagne.
Le groupe se forme en 1989 et sort son premier maxi Traîtres deux ans plus tard. Les membres sont Stomy Bugsy, Passi, Hamed Daye, Kenzy et Doc Gyneco. Pour ceux qui n’auraient pas connu le Ministère A.M.E.R. avant qu’ils ne vendent tous corps et âmes, culs et bites aux charognes du rap business, il va être difficile de comprendre l’importance qu’avait, pour tout fan de hip-hop, la découverte du titre Sacrifice de Poulet, sorti en 1995 sur la B.O. de La Haine. La première fois que j’écoute la voix et surtout les paroles de Stomy, sur le coup c’est le choc, je n’ai jamais rien entendu d’aussi explicite et radical que cette apologie de la haine des flics, c’est un véritable cocktail molotov phonique qui leur a valu d’être poursuivis pour incitation à l’émeute ainsi que pour propos anti-blancs (comprendre : propos anti-France, mais comprendre surtout propos anti-pétainistes d’extrême droite, vieux et cons). A leur habitude, les journalistes et les politiques parlent sans savoir et sans essayer de comprendre. Je suis complètement accro à ce morceau.
Dans la semaine qui suit, j’achète leur Intégrale double-CD Pourquoi tant de haine ? et 95200. La violence des lyrics est jouissive : « Aucune force d’état ne peut stopper une chienne en rut ; surtout pas quand c’est la putain d’une fille de brute ! C’est-à-dire d’un flic de pute ! Monique se fait culbuter ; Monique se fait sodomiser ; tout le monde dans le quartier n’a cessé de répéter j’ai shooté la fille du shérif…« . Nouveau choc, je kiffe encore plus : Brigitte femme de flic, un autre de leur morceaux censuré pour sa haine envers les agents de police. Il y a aussi Les cloches du Diable, et Je flirte avec le meurtre ou encore ce titre surprenant J’ai fait un rêve, dans lequel Stomy et Passi racontent leur cauchemar dans la peau d’un meurtrier raciste, à la manière d’un « Sarkozy, Martinez ou Poniatowski »… Je vais m’arrêter ici, ça ne servirait a rien de lister tout les vers choc des ces deux albums. Faites-moi confiance, oubliez tout ce que vous savez déjà sur les carrières solo radio et télé des membres du Ministère A.M.E.R., et écoutez absolument L’intégrale le plus vite possible.
J’aurais tellement préféré les placer plus haut dans le classement mais le choix ne se restreint qu’au seul clip existant, Traîtres, tiré de l’album Pourquoi tant de haine sorti en 1992. Le morceau est très bon mais ce n’est pas celui que j’aurais aimé voir réalisé en vidéo, de plus la qualité est dégueulasse.
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